Devant la diaspora congolaise à Libreville, le président Félix Tshisekedi a réaffirmé son projet de grand dialogue national, en promettant d’en préciser les modalités dans les jours à venir tout en excluant les acteurs qu’il considère proches du Rwanda.
Les faits essentiels
Lors de la célébration du 66e anniversaire de l’indépendance du Gabon, le chef de l’État congolais a déclaré vouloir transformer le dialogue national en un levier de cohésion pour le pays. Il a insisté sur le caractère inédit de cette initiative, affirmant qu’elle ne ressemblera à aucune des précédentes tentatives. Malgré l’annonce d’une future ordonnance présidentielle censée encadrer le processus, le texte n’a pas encore été publié. Tshisekedi a également indiqué qu’il adresserait un discours aux Congolais pour expliquer les objectifs et le déroulement du dialogue. Une condition claire a été posée : aucune discussion ne sera engagée avec les groupes ou individus « alignés du côté du Rwanda », le gouvernement présentant le dialogue comme un moyen de former un front intérieur contre ce qu’il qualifie d’agression rwandaise.
Pourquoi c'est important
Le dialogue national représente une tentative de désamorcer les tensions persistantes dans l’est du pays, où les groupes armés soutenus par le Rwanda, notamment le M23, continuent d’alimenter l’instabilité. En excluant les soutiens rwandais, le président cherche à renforcer la légitimité du processus auprès d’une partie de la population qui perçoit le Rwanda comme un acteur déstabilisateur. Cette position pourrait toutefois compliquer les négociations avec les forces armées locales, dont le coordinateur de l’AFC/M23, Corneille Nangaa, est pressé d’inclure par l’opposition. La coalition d’opposition C64, qui a récemment relancé son bras de fer avec le pouvoir après l’expiration d’un ultimatum, réclame des garanties et la participation de figures clés du conflit, comme Nangaa et l’ancien président de la Commission électorale indépendante. Le succès du dialogue dépendra donc de la capacité du gouvernement à concilier ces exigences tout en maintenant son cadre d’exclusion.
Ce qu'il faut surveiller
Les prochains jours seront déterminants : la publication de l’ordonnance présidentielle fixera le cadre légal du dialogue et définira les critères de participation. L’adresse prévue du président aux Congolais devra clarifier les « tenants et aboutissants » du processus, notamment la portée de l’exclusion des acteurs rwandiens. Du côté de l’opposition, la coalition C64 pourrait intensifier ses pressions pour obtenir l’inclusion de Nangaa et d’autres représentants du M23, ce qui testerait la flexibilité du gouvernement. Enfin, la réaction de la communauté internationale, notamment des acteurs régionaux, sera à observer, car elle pourra influencer la dynamique du front intérieur contre l’influence rwandaise et la stabilité globale de la RDC.