Face à la multiplication des appels à la haine raciale sur les plateformes numériques, trois mouvements citoyens sénégalais ont déposé une plainte contre X auprès du tribunal de grande instance de Dakar. Cette initiative vise à obtenir une réponse judiciaire ferme contre les auteurs de discours déshumanisants qui menacent la cohésion sociale du pays.
Une documentation rigoureuse des dérives numériques
Le collectif Naw-Lé contre le racisme, épaulé par deux autres organisations citoyennes dont le FRAPP, a mené un travail de surveillance sur trois mois. Ce suivi a permis d'identifier vingt-cinq comptes, appartenant à dix-huit individus distincts, diffusant régulièrement des injures publiques et des appels au meurtre visant des communautés étrangères. En constituant ces dossiers, les plaignants entendent fournir au procureur des preuves tangibles pour engager des poursuites pénales contre les responsables de ces contenus.
La lutte contre la banalisation de l'exclusion
Pour les acteurs de la société civile, l'enjeu dépasse le cadre des réseaux sociaux : il s'agit de préserver les valeurs sénégalaises face à une rhétorique d'exclusion jugée déshumanisante. Cette démarche citoyenne marque une volonté de ne pas laisser la gestion de ces tensions aux seules communautés visées. Le mouvement souligne l'urgence d'une réaction institutionnelle pour stopper la propagation de ces messages, alors que des incidents isolés, parfois violents, témoignent de la sensibilité croissante du sujet dans l'espace public.
Un précédent judiciaire et un climat sous tension
Cette plainte s'inscrit dans un contexte où les autorités ont déjà dû intervenir face à des appels au boycott de commerces tenus par des ressortissants guinéens. Un influenceur, affilié à un parti nationaliste, avait notamment été placé sous mandat de dépôt après la diffusion de vidéos incitant à la haine raciale. La persistance de ces discours, malgré les mesures judiciaires antérieures, pousse désormais les collectifs citoyens à exiger une action plus globale contre les instigateurs de la haine en ligne, afin d'éviter que ces tensions virtuelles ne se traduisent par des troubles à l'ordre public.