Trente-neuf ans après l'assassinat de Thomas Sankara et de ses compagnons le 15 octobre 1987, le Burkina Faso a commémoré cette date charnière sous le signe de la continuité idéologique. À Ouagadougou, les autorités de la transition ont réaffirmé que la souveraineté et l'unité nationale demeurent les piliers indispensables pour préserver l'héritage du père de la Révolution.
Un impératif de cohésion nationale
Lors de la cérémonie officielle au Mémorial Thomas Sankara, le message du président du Faso, le capitaine Ibrahim Traoré, lu par le Premier ministre Rimtalba Jean Emmanuel Ouédraogo, a insisté sur les leçons politiques à tirer de la tragédie de 1987. Le chef de l'État a mis en garde contre les divisions internes, soulignant qu'une révolution ne succombe pas uniquement face à des ennemis extérieurs, mais surtout par le déchirement de ses propres rangs. Dans un contexte sécuritaire exigeant, cet appel à la cohésion vise à transformer l'hommage mémoriel en un engagement quotidien pour la construction nationale.
La pérennisation d'une pensée économique
Au-delà du devoir de mémoire, le gouvernement burkinabè réactive les principes de l'autosuffisance prônés par Thomas Sankara entre 1983 et 1987. Le discours présidentiel a rappelé la nécessité de privilégier la production locale et la consommation des ressources nationales. Cette vision, axée sur l'émancipation par le travail dans les champs, les usines et les laboratoires, est présentée comme le prolongement concret du combat révolutionnaire, visant à renforcer la dignité du pays face aux défis contemporains.
Le Mémorial : un centre de transmission et de mémoire
Le Mémorial Thomas Sankara s'impose désormais comme un levier central de cette dynamique. Depuis l'ouverture de ses portes en mai 2025, le site a accueilli plus de 200 000 visiteurs, générant 130 millions de francs CFA destinés au financement de ses infrastructures. L'ambition des autorités est de faire de cet espace bien plus qu'un lieu de recueillement : un centre de débat pour la jeunesse et une bibliothèque vivante de la mémoire panafricaine. Cette volonté de transmission dépasse les frontières, comme en témoigne la reconnaissance internationale de l'héritage sankariste, illustrée récemment par l'inauguration d'un parc à son nom en Italie.
Une appropriation citoyenne
Pour de nombreux acteurs de la société civile, cette renaissance de la pensée sankariste est une réalité tangible. Des figures comme Me Bénéwendé Stanislas Sankara soulignent que ces idéaux irriguent désormais la conscience collective, bien au-delà du Burkina Faso, notamment au sein de l'Alliance des États du Sahel (AES). Cette appropriation par les générations actuelles, qui voient dans le travail de mémoire une responsabilité envers le futur, marque une étape significative dans la réappropriation du récit national burkinabè.