Après trois décennies passées en Côte d'Ivoire, Mamadou Madjou Diallo, commerçant originaire de la préfecture de Koubia en Guinée, dresse un bilan lucide de son parcours migratoire. Entre la construction d'une autonomie financière et les réalités économiques actuelles, son témoignage illustre les mutations du commerce de proximité et le lien persistant avec le pays d'origine.
De l'épargne initiale à l'installation à Blablata
Arrivé en Côte d'Ivoire en 1996, Mamadou Madjou Diallo a d'abord transité par Séguéla et Daloa, où il a acquis une expérience commerciale sous la tutelle de proches. C'est grâce à une épargne initiale de 400 000 FCFA, constituée durant ses premières années de travail, qu'il a pu s'établir à son propre compte à Blablata, dans la région de la Marahoué. Ce capital a marqué le point de départ de son activité commerciale, qu'il exerce dans cette localité depuis la fin des années 1990.
Les mutations du marché et la pression sur les revenus
Le commerçant souligne une transformation profonde de l'environnement économique local. À son arrivée, la concurrence était limitée, avec seulement deux autres compatriotes exerçant la même activité dans la zone. Aujourd'hui, le secteur fait face à une baisse de la clientèle couplée à une inflation des coûts de la vie. Pour M. Diallo, cette situation impose une gestion rigoureuse, les charges liées à sa famille de cinq à six personnes étant devenues nettement plus lourdes à supporter que par le passé, où 50 000 FCFA suffisaient à couvrir ses besoins essentiels.
Le maintien du lien avec les racines guinéennes
Malgré les difficultés rencontrées, Mamadou Madjou Diallo affirme ne nourrir aucun regret quant à son choix migratoire, qu'il place sous le signe du destin. Toutefois, son ancrage en terre ivoirienne n'a pas effacé son attachement à Gordjo, son village natal. Il entretient ce lien par des séjours réguliers et des visites familiales, tout en exprimant la volonté ferme de retourner s'installer en Guinée à terme. Il encourage d'ailleurs ses compatriotes de la diaspora à conserver cet esprit de retour, qu'il considère comme l'aboutissement naturel de toute expérience migratoire.