Transitions politiques au Tchad et à Madagascar : les risques d'une trajectoire similaire

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 3 lectures
Transitions politiques au Tchad et à Madagascar : les risques d'une trajectoire similaire

La comparaison entre les trajectoires politiques du Tchad et de Madagascar révèle des dynamiques de transition aux origines distinctes, mais aux enjeux de légitimité convergents. Alors que N'Djamena a achevé un cycle électoral controversé, Antananarivo se trouve à une étape charnière où la gestion de la transition militaire et l'éligibilité des dirigeants actuels cristallisent les tensions.

Le précédent tchadien : de la junte aux urnes

Au Tchad, la transition initiée en 2021 après la mort d'Idriss Déby a suivi un cheminement marqué par une concentration du pouvoir. Le Conseil militaire de transition (CMT), dirigé par Mahamat Idriss Déby, a progressivement verrouillé le processus politique. Le Dialogue national inclusif et souverain (DNIS) de 2022 a été le pivot de cette stratégie, permettant de prolonger la transition, de réviser la Charte et de rendre les autorités de transition éligibles, en dépit des recommandations contraires de l'Union africaine. Ce processus a abouti à une élection présidentielle en 2024, suivie d'une réforme constitutionnelle en 2025 supprimant la limite des mandats, consolidant ainsi le pouvoir en place dans un climat marqué par la répression des oppositions.

L'incertitude du calendrier malgache

Madagascar, entré dans une phase de transition en octobre 2025 suite au départ d'Andry Rajoelina et à l'investiture de Michaël Randrianirina par la Haute Cour constitutionnelle, se situe à une étape plus précoce. Si une concertation nationale a été lancée, le calendrier électoral reste incertain. Les annonces de la CENI, prévoyant des scrutins pour 2027, se heurtent à la réalité des travaux de refondation constitutionnelle. Des observateurs soulignent un décalage croissant entre les objectifs affichés et la complexité des réformes nécessaires, faisant craindre un glissement du calendrier initialement promis par les autorités militaires.

Le défi de l'éligibilité et des libertés publiques

L'enjeu majeur pour Madagascar réside dans la définition des règles du jeu électoral. Contrairement au Tchad, où l'éligibilité des membres de la junte a été actée par le DNIS, aucune règle formelle n'a encore tranché cette question à Antananarivo. Le silence ou l'ambiguïté des autorités sur une éventuelle candidature du chef de la transition alimente les craintes d'un conflit d'intérêts. Parallèlement, la gestion des libertés publiques constitue un indicateur clé : les arrestations de militants, notamment au sein de la « Gen Z », rappellent les tensions observées lors de la transition tchadienne. La capacité des autorités malgaches à garantir un espace politique ouvert et inclusif, sous la surveillance de la SADC, déterminera si le pays parviendra à éviter les dérives autoritaires constatées chez son homologue sahélien.

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