La transition vers la parentalité au Québec révèle des failles critiques dans l’accompagnement des nouveaux parents, avec des conséquences potentielles sur leur santé mentale et le développement des enfants. Malgré les bouleversements profonds que représente l’arrivée d’un enfant, les services de soutien restent limités, inégaux et souvent inaccessibles, notamment pour les populations vulnérables comme les parents immigrants.
Les faits essentiels
La période suivant un accouchement est marquée par des bouleversements majeurs pour les parents, pouvant durer de quelques semaines à plusieurs années. Selon des données canadiennes, près d’une mère sur quatre et un père sur dix rapportent des symptômes de dépression ou d’anxiété après la naissance. Pourtant, les soins postnataux sont réduits à leur plus simple expression : un seul programme de suivi, combinant un appel téléphonique dans les 24 heures et une visite à domicile sous 72 heures, ne couvre que 50 % des nouveaux parents dans certaines régions. Les parents immigrants, eux, sont souvent exclus de ce dispositif.
Les lacunes ne se limitent pas à l’accès aux soins. Le Plan d’action en périnatalité et petite enfance 2023-2028 du ministère de la Santé et des Services sociaux reconnaît des défis persistants : disparités régionales, méconnaissance des besoins différenciés entre mères et pères, et inadéquation des services proposés. Le milieu communautaire tente de combler ces vides, mais ses ressources financières sont insuffisantes pour répondre à la demande.
Pourquoi c'est important
L’accompagnement insuffisant des nouveaux parents a des répercussions directes sur leur bien-être et, par ricochet, sur celui des enfants. Les études montrent que des services inadaptés ou inaccessibles augmentent le stress et l’anxiété parentale, ce qui peut altérer les pratiques éducatives et, in fine, influencer le développement de l’enfant. La qualité de l’arrimage entre les besoins réels des parents et les services proposés est donc déterminante pour éviter une détérioration de la santé mentale familiale.
Par ailleurs, l’absence de données précises sur les besoins des parents – notamment en fonction de leur profil (rang de l’enfant, familiarité avec le système de santé, lieu de résidence) – empêche une réponse ciblée et efficace. Sans cette connaissance, les politiques publiques risquent de rester aveugles aux réalités vécues par les familles.
Ce qu'il faut surveiller
Un projet de recherche, « Naître parents au Québec », vise à recueillir les besoins et préférences de 2 000 parents aux profils variés via un questionnaire électronique répété jusqu’au premier anniversaire de leur enfant. Les résultats pourraient éclairer les futures politiques de soutien, en identifiant les priorités d’action. À surveiller également : l’évolution des disparités régionales et l’inclusion des populations marginalisées, comme les parents immigrants, dans les dispositifs de suivi.
Enfin, la mise en œuvre effective des recommandations de l’Organisation mondiale de la santé – des soins centrés sur les besoins des parents, coordonnés et adaptés – reste un objectif à concrétiser. La réussite de cette transition dépendra de la capacité des institutions à écouter les familles et à ajuster leurs services en conséquence.