Un réseau de traite d’êtres humains démantelé au Sénégal expose l’exploitation systématique de jeunes Nigérianes, contraintes à la prostitution pour rembourser une « dette » de voyage exorbitante. Les autorités locales ont interpellé une complice nigériane, Eunice Attah, alias Mirabel, après avoir été alertées de l’arrivée de deux victimes dans un village frontalier.
Un système d’exploitation organisé
Le 4 août, les autorités de Kédougou ont été informées de l’arrivée de deux jeunes Nigérianes convoyées vers le village de Sambrabougou, dans le département de Saraya. Ces victimes, achetées respectivement 500 000 FCFA et 300 000 FCFA par Eunice Attah, alias Mirabel, ont été logées à Douta avant d’être transférées à Sambrabougou. Leur « employeuse » leur a ensuite imposé de se prostituer pour rembourser une somme de 1 500 000 FCFA, présentée comme le coût de leur voyage et de leur séjour au Sénégal.
Les investigations ont révélé que Mirabel avait acquis ces jeunes filles auprès de complices nigérians, dont un certain Wide à Cotonou et un autre surnommé Ibrahim, alias Mathieu, résidant dans l’État de Benue. Après leur achat, elle a organisé leur transport vers le Sénégal, où elles ont été immédiatement soumises à l’exploitation sexuelle. Les deux victimes, placées sous la protection d’une Ong locale, ont confirmé ces faits lors de leur audition.
Des enjeux transfrontaliers et une réponse judiciaire en suspens
Ce cas illustre la persistance des réseaux de traite transfrontaliers entre le Nigeria et le Sénégal, où des jeunes femmes sont souvent ciblées pour des formes d’exploitation variées. Les montants exigés pour leur « libération » – bien au-delà des prix d’achat – reflètent une logique de rentabilité criminelle, où la dette devient un outil de contrôle. La défèrement de Mirabel devant le parquet de Kédougou marque une étape dans la lutte contre ces réseaux, mais soulève des questions sur l’efficacité des mécanismes de protection et de répression dans la région.
Les autorités sénégalaises, via leur antenne régionale de lutte contre la traite, ont joué un rôle clé dans le démantèlement de ce réseau. Cependant, la complexité des circuits criminels, qui s’étendent au-delà des frontières nationales, exige une coopération régionale renforcée pour prévenir de nouvelles victimes. La mise à disposition des jeunes filles auprès d’une Ong spécialisée souligne l’importance de l’accompagnement psychosocial, mais aussi les limites d’un système judiciaire encore en construction face à des réseaux bien organisés.