Le Forum des acteurs du tourisme de l'Alliance des États du Sahel (AES), tenu le 23 septembre 2026 à Ouagadougou, a mis en lumière l'urgence de réformer les mécanismes de financement du secteur. Pour transformer le potentiel touristique sahélien en une destination compétitive, les experts appellent à une diversification des outils financiers, mieux alignés sur les cycles de vie des entreprises.
Combler le fossé du financement intermédiaire
L'un des défis majeurs identifiés par Brice Gaël Soubeiga, directeur d'investissement chez Néré Capital Partners, est le « missing middle ». Ce maillon manquant désigne le vide existant entre les petites subventions de lancement et le crédit bancaire classique. Pour pallier cette carence, des solutions comme les fonds d'amorçage, les subventions remboursables et le capital-risque sont préconisées. Ces instruments permettraient aux jeunes structures d'accéder à des ressources sans subir immédiatement le poids des intérêts bancaires ou des exigences de garanties inaccessibles.
Le capital patient pour accompagner la croissance
Face à la difficulté des entreprises en phase d'accélération à obtenir des prêts bancaires traditionnels, le recours au « capital patient » apparaît comme une alternative stratégique. Ce modèle repose sur des financements dont les modalités de remboursement sont corrélées au rythme réel de développement et aux revenus générés par l'activité. Cette approche permet d'allonger la durée de vie du crédit, offrant ainsi une bouffée d'oxygène nécessaire aux entreprises touristiques dont les cycles de revenus peuvent être irréguliers.
Professionnaliser la gestion et l'accompagnement
Au-delà de l'injection de capitaux, le succès du secteur repose sur le renforcement des compétences entrepreneuriales. Brice Gaël Soubeiga souligne qu'une expertise technique dans le tourisme ne garantit pas une maîtrise des stratégies de croissance ou de gestion financière. L'ouverture du capital à des investisseurs spécialisés est présentée comme un levier pour apporter cette expertise managériale manquante, permettant aux entrepreneurs de se concentrer sur leur cœur de métier tout en structurant leur développement.
Adapter les outils bancaires aux réalités du secteur
Le forum a également insisté sur la nécessité de bonifier les crédits existants, où un acteur public prendrait en charge une partie du coût du financement pour réduire les taux d'intérêt ou étendre les maturités. Enfin, une meilleure compréhension des spécificités du tourisme par les institutions financières est jugée indispensable. La prise en compte de la saisonnalité des activités et de la valeur des actifs immatériels, comme les marques, est essentielle pour que les banques puissent évaluer les projets avec plus de justesse et de pertinence.