Touba : l'entrepreneuriat jeune, un moteur économique étouffé par l'informel

Par Rédaction KUMBA 2 min de lecture 31 lectures
Touba : l'entrepreneuriat jeune, un moteur économique étouffé par l'informel

Avec près de la moitié des jeunes actifs ayant lancé leur propre activité, Touba incarne l’esprit entrepreneurial sénégalais. Pourtant, 90 % d’entre eux évoluent dans l’informel, sans contrat ni sécurité sociale, révélant un paradoxe économique et social.

Un terreau entrepreneurial fertile, mais des structures défaillantes

Deuxième ville du Sénégal avec plus d’un million d’habitants, Touba bénéficie d’un écosystème unique : une culture entrepreneuriale ancrée, des réseaux communautaires (dahiras) et des connexions commerciales internationales. Pourtant, malgré ce dynamisme, 77 % des jeunes envisagent de quitter la ville. Le marché du travail local, saturé par une croissance démographique rapide et une urbanisation mal maîtrisée, peine à absorber les nouveaux entrants. Le taux de chômage national (21,6 %) et la part des jeunes en situation de vulnérabilité (34,4 %) reflètent une crise structurelle.

L’étude révèle que le travail indépendant domine l’insertion professionnelle : près de 50 % des jeunes ont créé leur activité, et 80 % souhaitent la développer. Cependant, 90 % d’entre eux opèrent dans l’informel, sans contrat ni protection sociale. Le financement reste le principal frein (92 % des entrepreneurs), tandis que les dispositifs publics comme les fonds dédiés à l’emploi ne sont mobilisés que par 1 % d’entre eux. Les dahiras, bien que jouant un rôle clé dans le financement et l’accès aux marchés, peinent à structurer un écosystème économique durable.

Secteurs porteurs et pistes pour une transition formelle

Plusieurs filières offrent un potentiel de création d’emplois : l’agro-industrie (avec des acteurs comme CODIPAS ou ADOPTE), le BTP, la logistique, le numérique et le tourisme religieux (autour du Magal). Pourtant, ces secteurs restent sous-exploités en raison de formations inadaptées, d’un accès limité au financement et d’une faible intégration aux chaînes de valeur formelles.

Pour inverser la tendance, les chercheurs proposent huit axes : réorienter les formations vers les métiers en tension, faciliter l’accès au crédit via des mécanismes inclusifs, structurer les chaînes de valeur et accélérer la digitalisation. Une gouvernance territoriale de l’emploi, intégrant les institutions endogènes (tontines, dahiras), et le développement des territoires limitrophes pourraient aussi atténuer la pression sur Touba. Enfin, renforcer les liens entre les dahiras de la diaspora et ceux de Touba pourrait ouvrir de nouvelles opportunités économiques.

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