Le président Bola Tinubu a obtenu des gains notables en matière de stabilité macroéconomique, notamment grâce à la suppression du subside pétrolier et à la réforme du marché des changes. Cependant, Dele Oye, président de l'Alliance for Economic Research and Ethics, rappelle que ces avancées doivent se traduire concrètement en baisse des prix alimentaires, création d'emplois productifs et amélioration du niveau de vie des Nigérians.
Principales mesures de redressement depuis 2023
Le gouvernement Tinubu a entrepris plusieurs actions jugées politiquement difficiles : suppression du subside à la pompe à essence, adoption d’un régime de change plus libéralisé, arrêt du financement monétaire des déficits budgétaires, renforcement des réserves de change et resserrement de la politique monétaire. Selon Oye, ces décisions ont corrigé des distorsions structurelles qui affaiblissaient l’économie nigériane depuis des années.
Résultats chiffrés : réserves, croissance et perspectives
Les réserves de change du Nigeria ont atteint 53,11 milliards de dollars au 24 août 2026, un sommet jamais vu depuis 17 ans, contre 40 milliards fin 2024. Le produit intérieur brut a progressé de 4,43 % en glissement annuel au deuxième trimestre 2026, contre 3,89 % au trimestre précédent, avec une dynamique positive tant dans le secteur pétrolier que non pétrolier. Le FMI prévoit une croissance de 4,1 % en 2026, tandis que la Banque mondiale indique 3,9 % en première moitié 2025, soutenue par les services, l’agro‑industrie et une production pétrolière améliorée.
Fosse entre stabilité macroéconomique et conditions de vie
Malgré ces indicateurs, le FMI estime que 63 % de la population vit sous le seuil de pauvreté national et que 27 millions de Nigérians étaient en situation d’insécurité alimentaire à l’automne 2025. Oye souligne que la simple hausse des réserves ou du PIB ne garantit pas une amélioration du bien‑être quotidien. La mesure du succès doit donc se baser sur la capacité d’un jeune Nigérian à travailler sans être écrasé par l’inflation, sur la possibilité pour une famille de se nourrir sans sacrifier les soins de santé, et sur la compétitivité d’une entreprise sans recourir à la corruption.
Ce qui reste à faire pour transformer la stabilité en prospérité
Le porte‑parole de l’Alliance insiste sur la nécessité de convertir la stabilité financière en « sécurité vécue ». Il appelle le gouvernement à poursuivre les réformes en ciblant directement les prix alimentaires, à stimuler la création d’emplois dans les secteurs non pétroliers et à renforcer les filets de protection sociale. Selon lui, la rue – commerçants, agriculteurs, enseignants, infirmiers, transporteurs – constitue le tribunal ultime des réformes : leurs expériences quotidiennes sont le véritable baromètre de la réussite du projet économique de Tinulu.