Des fonctionnaires du Service européen pour l’action extérieure (SEAE) ont alerté, par courriel interne, sur une lutte de pouvoir au sein de la Commission européenne. Le différend oppose la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, à la haute représentante pour les affaires étrangères, Kaja Kallas, alors que l’UE prépare une mission d’intervention rapide en Arménie pour contrer les ingérences russes.
Mission d’intervention rapide annoncée pour l’Arménie
Le 16 mars, Kaja Kallas a présenté, lors d’une conférence de presse, le déploiement imminent d’une équipe spécialisée destinée à neutraliser les « menaces hybrides » qui, selon elle, pèsent sur le processus électoral arménien prévu en juin. L’objectif déclaré est de freiner la désinformation et les cyber‑attaques attribuées à la Russie, afin de préserver l’intégrité du scrutin et la stabilité régionale.
Le SEAE sous pression : le rôle contesté de la haute représentante
Des documents internes obtenus par Mediapart montrent que les diplomates du SEAE perçoivent la décision de Kallas comme une prise d’initiative qui dépasse les prérogatives traditionnelles de son poste. Le même échange interne indique qu’Ursula von der Leyen envisagerait de « dévorer » l’administration du SEAE, en réorganisant ses compétences et en limitant l’autonomie de la haute représentante. Cette perspective alimente les craintes d’une centralisation accrue du pouvoir décisionnel au sein de la Commission.
Conséquences pour la diplomatie européenne et la lutte contre la Russie
Le différend interne risque d’éroder la cohérence de la politique extérieure de l’UE, à un moment où la coordination face à la Russie est cruciale. Si la mission en Arménie se concrétise sans un consensus clair, elle pourrait être perçue comme une initiative unilatérale, affaiblissant la crédibilité de Bruxelles auprès de ses partenaires. En outre, la remise en cause du SEAE pourrait ralentir la mise en œuvre d’autres réponses aux menaces hybrides, compromettant la capacité de l’UE à réagir rapidement aux campagnes de désinformation et aux cyber‑incursions.