Tensions entre l'Éthiopie et l'Érythrée : les enjeux d'une escalade diplomatique et militaire

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 16 lectures
Tensions entre l'Éthiopie et l'Érythrée : les enjeux d'une escalade diplomatique et militaire

Les relations entre l'Éthiopie et l'Érythrée se dégradent dangereusement, marquées par des accusations mutuelles d'incursions militaires dans la région du Tigré. Les deux États ont saisi le Conseil de sécurité de l'ONU, transformant leurs différends territoriaux en une joute diplomatique qui fait craindre une reprise des hostilités à grande échelle.

Un bras de fer porté devant l'ONU

La tension a franchi un nouveau cap le 10 octobre, lorsque l'Érythrée a qualifié devant le Conseil de sécurité de l'ONU les agissements d'Addis-Abeba de « déclaration de guerre ». Cette saisine fait suite à une plainte déposée par le gouvernement éthiopien, dénonçant la progression de troupes érythréennes jusqu'à 60 kilomètres à l'intérieur du territoire éthiopien. Pour les experts, cette médiatisation onusienne dépasse le cadre du simple conflit frontalier : il s'agit d'une bataille de narratifs où chaque partie cherche à tester la robustesse de ses alliances régionales et à s'imposer sur la scène internationale.

L'accès à la mer, pivot des ambitions éthiopiennes

Au cœur de ces frictions se trouve la question de l'accès à la mer Rouge, une priorité réaffirmée par le Premier ministre éthiopien Abiy Ahmed. Alors que l'Éthiopie, pays enclavé de plus de 130 millions d'habitants, aspire à un développement économique accéléré, l'Érythrée réaffirme sa souveraineté totale sur son littoral. Cette compétition pour le contrôle des passages stratégiques s'inscrit dans un contexte régional où l'Érythrée, longtemps isolée, cherche à capitaliser sur sa position géographique, devenue cruciale avec les perturbations du commerce maritime mondial.

Un risque de déstabilisation régionale

Le spectre d'un nouveau conflit armé inquiète, d'autant que l'Éthiopie se retrouve diplomatiquement isolée. Ses relations sont tendues avec la Somalie, suite à un protocole d'accord avec le Somaliland, et avec le Soudan, qui accuse Addis-Abeba de soutenir les Forces de soutien rapide. Par ailleurs, le contentieux persistant avec l'Égypte autour du Grand barrage de la Renaissance (GERD) fragilise davantage la position éthiopienne. Si certains analystes estiment qu'une guerre totale est peu probable en raison de l'épuisement des sociétés civiles, ils n'excluent pas la multiplication de conflits de « basse intensité ».

L'impuissance des instances internationales

Face à cette montée des périls, l'influence des organisations internationales semble s'effriter. L'ONU, l'Union africaine et l'IGAD peinent à proposer des solutions concrètes pour apaiser les tensions. Pendant que les puissances occidentales, à l'instar de l'Union européenne, maintiennent leur soutien financier à l'Éthiopie, le manque d'intérêt stratégique des États-Unis pour la région laisse le champ libre à des reconfigurations locales où la force reste, pour l'heure, le principal outil de négociation.

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