Le Tchad tourne le dos à la Cour pénale internationale (CPI), accusant l’institution d’un « système à double vitesse » qui ciblerait disproportionnellement l’Afrique, tandis que Washington exerce une pression diplomatique sans précédent pour affaiblir l’organe judiciaire.
Un désaveu ciblé de la CPI par les autorités tchadiennes
Dans un communiqué publié lundi, le gouvernement tchadien a justifié son retrait par un « bilan limité et à géométrie variable » de la CPI, soulignant que neuf des trois enquêtes ouvertes depuis 2002 concernent des États africains, contre seulement quatre dans d’autres régions du monde, sans avancées concrètes. Le porte-parole du gouvernement a également relevé que sur les sept personnes actuellement détenues par la Cour, six le sont dans le cadre de situations africaines. Fondée en 2002 pour juger les crimes les plus graves lorsque les États en sont incapables, la CPI compte le Tchad parmi ses membres depuis 2006. Cette décision s’inscrit dans un mouvement plus large de contestation africaine, relayé par des régimes militaires sahéliens comme le Burkina Faso, le Mali et le Niger, qui dénoncent une institution perçue comme un « outil néocolonial ».
Pressions américaines et enjeux géopolitiques
La décision tchadienne intervient alors que les États-Unis, sous l’administration Trump, ont lancé une offensive diplomatique sans précédent contre la CPI, la qualifiant de menace pour leurs intérêts. Washington a exhorté le Tchad à reconsidérer son adhésion, tout en promettant des sanctions et en appelant ses partenaires à suivre son exemple. Les relations entre les deux pays se sont tendues, bien que les autorités tchadiennes aient nié toute influence extérieure dans leur choix. Ce retrait survient dans un contexte régional explosif : le Tchad est accusé par l’armée soudanaise et des ONG de faciliter l’acheminement d’armes vers les Forces de soutien rapide (FSR), un groupe paramilitaire impliqué dans une guerre civile au Soudan depuis avril 2023. Des crimes de guerre, dont des bombardements de civils, sont régulièrement documentés par la communauté internationale. Pour l’avocat Vincent Brengarth, ce retrait « affaiblit l’architecture internationale de justice pénale » et risque de laisser impunis les auteurs de violations graves.