La Tanzanie durcit sa politique répressive envers l'opposition : 61 personnes viennent d'être inculpées de terrorisme pour avoir participé à des manifestations, tandis que 70 autres restent détenues sans inculpation. Une stratégie qui, selon l'opposition, vise à étouffer toute contestation politique légitime.
Un durcissement judiciaire contre les militants
Les arrestations massives de début juillet, liées à une tentative de manifestation le 7 juillet – date symbolique marquant l'anniversaire de la création du parti historique Tanu –, ont conduit à des inculpations pour terrorisme. Selon le parti d'opposition Chadema, la majorité des 61 personnes désormais inculpées sont des membres de cette formation politique. Leur avocat, Rugemeleza Nshala, dénonce une « criminalisation d'activités politiques légitimes », rappelant que participer à une manifestation relève d'un droit constitutionnel. Pourtant, la police maintient ses accusations, évoquant des projets de « troubles et violences », incluant des incendies de bâtiments publics ou des attaques contre des forces de l'ordre. Ces allégations, non étayées publiquement, s'inscrivent dans un contexte de répression accrue depuis les violentes répressions post-électorales d'octobre 2024, où des centaines de morts avaient été recensés.
De l’espoir de réforme à la normalisation autoritaire
L’arrivée au pouvoir de la présidente Samia Suluhu Hassan en 2021 avait suscité des espoirs de libéralisation après six années de gouvernance autoritaire sous John Magufuli. Ses premiers gestes, comme la levée de l’interdiction des médias et la libération de prisonniers politiques, avaient été salués. Cependant, cette dynamique s’est rapidement inversée. Les manifestations du 7 juillet, bien que peu suivies en raison d’un déploiement policier massif et du traumatisme des violences d’octobre, ont servi de prétexte à une nouvelle vague de répression. Les autorités justifient ces mesures par la nécessité de maintenir l’ordre, mais les défenseurs des droits humains et l’opposition y voient une stratégie pour museler toute opposition avant les prochaines échéances électorales. Le président de Chadema, Tundu Lissu, incarcéré depuis avril 2025 pour trahison, incarne cette répression ciblée contre les figures de l’opposition. Alors que le pays commémore chaque 7 juillet son héritage panafricain, la Tanzanie semble s’éloigner des idéaux de Julius Nyerere pour glisser vers un autoritarisme plus marqué.