La région de Tambacounda s’embrase autour d’un enjeu vital : l’accès à l’eau potable. Entre pannes répétées, factures élevées et gestion contestée, les populations, excédées, menacent de se soustraire au système en place. Une lettre récente du directeur général de l’OFOR a attisé les tensions, révélant un conflit profond entre les attentes citoyennes et les logiques administratives.
Les faits essentiels
Plusieurs localités de Tambacounda – Missirah, Gouloumbou, Bambadinka, Bidiancoto et Tessan – subissent des coupures d’eau prolongées, pouvant atteindre 72 heures. Les causes évoquées sont multiples : ruptures de carburant, difficultés de paiement de l’électricité pour les forages, ou encore dysfonctionnements dans la gestion des opérateurs privés. Les factures d’eau, jugées trop élevées, aggravent le mécontentement des usagers.
La gestion de l’hydraulique rurale est assurée dans le cadre d’une Délégation de service public (DSP), confiée notamment à la Soges. Or, les engagements de continuité de service ne sont pas respectés, poussant certaines communautés à reprendre en main leurs forages. À Gouloumbou, cette initiative a permis d’améliorer la situation, un modèle que d’autres villages comme Missirah ou Tessan souhaitent reproduire.
Une lettre du directeur général de l’Office des forages ruraux (OFOR) a récemment relancé la polémique. Elle invite les autorités locales à intégrer les Associations des usagers des forages (ASUFOR) dans le dispositif de DSP, malgré les critiques persistantes contre ce système. Les populations y voient une tentative de les maintenir dans un cadre qu’elles jugent défaillant.
Pourquoi c'est important
Cette crise dépasse le simple cadre technique de l’hydraulique rurale. Elle révèle un décalage croissant entre les attentes des citoyens – un accès régulier et abordable à l’eau – et les réalités d’un système de gestion souvent opaque et inefficace. Les populations, soutenues par leurs maires, refusent désormais de subir passivement les dysfonctionnements, au risque de s’opposer frontalement aux autorités et aux opérateurs privés.
Le conflit actuel met en lumière les limites d’une délégation de service public qui, en théorie, devait garantir une meilleure efficacité, mais qui, dans les faits, se traduit par des pénuries et des coûts jugés injustes. La lettre de l’OFOR, perçue comme une provocation, pourrait accélérer une radicalisation des positions, avec des conséquences imprévisibles sur la cohésion sociale.
Ce qu'il faut surveiller
Plusieurs pistes d’évolution se dessinent. D’abord, la capacité des autorités à répondre aux revendications des populations, notamment en clarifiant les responsabilités des opérateurs privés et en garantissant une meilleure transparence sur les coûts. Ensuite, l’évolution des initiatives locales de reprise en main des forages, qui pourraient inspirer d’autres villages ou, au contraire, être étouffées par des mesures administratives.
Un autre point crucial sera la réaction des ASUFOR, dont l’intégration forcée dans le dispositif de DSP pourrait soit apaiser les tensions, soit les envenimer. Enfin, la gestion des carburants et de l’électricité pour les forages reste un levier clé : sans solution durable à ces problèmes, les risques de nouvelles crises locales persistent.
Dans un contexte où la stabilité sociale dépend directement de l’accès aux services essentiels, l’issue de ce bras de fer déterminera si l’hydraulique rurale au Sénégal peut encore être un facteur de développement ou un foyer de conflits.