Le parlement taïwanais a adopté un budget record de 6,5 milliards d’euros sur six ans pour développer une filière locale de drones, une réponse directe à la pression militaire et économique de la Chine. Cette initiative, portée par l’opposition, vise à sécuriser les chaînes d’approvisionnement et à réduire la dépendance aux technologies chinoises, dans un contexte de tensions accrues avec Pékin.
Un budget de défense historique pour contrer la menace chinoise
Pour 2027, Taïwan prévoit un budget militaire total dépassant 30 milliards d’euros, soit plus de 3 % de son PIB, un niveau inédit depuis des décennies. Cette enveloppe record, approuvée malgré des désaccords politiques initiaux, intègre une ligne budgétaire spécifique de 6,5 milliards d’euros dédiée à la production locale de drones. L’objectif est clair : renforcer les capacités de défense face aux tactiques de « zone grise » employées par la Chine, ces actions coercitives qui évitent l’escalade ouverte mais sapent la stabilité régionale.
La vice-présidente taïwanaise, Hsiao Bi-khim, a souligné l’urgence de ces investissements, évoquant la nécessité de développer des drones de surveillance côtière, d’attaque et de surface pour répondre aux menaces militaires potentielles. Cette stratégie s’inscrit dans un contexte où Pékin revendique Taïwan comme une province chinoise et multiplie les pressions militaires, diplomatiques et économiques.
L’opposition impose une vision plus ambitieuse que le gouvernement
Le projet initial du gouvernement, porté par le président Lai Ching-te, prévoyait une enveloppe de 5,6 milliards d’euros sur cinq ans, supervisée par le ministère de la Défense. Cependant, le Kuomintang et le Parti populaire taïwanais, majoritaires au parlement, ont imposé une version plus ambitieuse : 6,5 milliards d’euros sur six ans, intégrée au budget annuel. Les députés d’opposition justifient cette hausse par la nécessité de soutenir des fabricants capables de garantir des chaînes d’approvisionnement « exemptes de technologies chinoises » et de renforcer la cybersécurité.
Hsu Chiao-hsin, députée du Kuomintang, a insisté sur l’importance de « favoriser la localisation et la production nationale » pour éviter toute dépendance aux composants chinois, perçus comme une vulnérabilité stratégique. Cette approche reflète une volonté de réduire l’influence de Pékin sur l’économie taïwanaise, tout en assurant une croissance stable du secteur.
Une autonomie stratégique face aux pressions américaines et chinoises
Taïwan reste fortement dépendante des ventes d’armes américaines pour dissuader la Chine, mais Washington exerce des pressions pour que l’île augmente ses propres dépenses militaires. Le budget 2027, incluant à la fois les fonds annuels et les enveloppes spéciales, atteint 1 122,5 milliards de dollars taïwanais (30 milliards d’euros), un record absolu. Cette hausse intervient dans un contexte où les États-Unis, après avoir suspendu temporairement des livraisons d’armes, poussent Taïwan à renforcer son autonomie industrielle.
La stratégie des drones locaux s’inscrit dans une logique plus large de sécurisation des approvisionnements critiques. En développant une industrie nationale, Taïwan cherche à limiter les risques liés aux sanctions économiques chinoises et à préserver sa souveraineté technologique, alors que Pékin renforce son arsenal militaire et sa présence dans la région. Une course contre la montre pour Taipei, où chaque euro investi dans la défense devient un levier de survie stratégique.