Face à la flambée des prix du carburant, plusieurs figures politiques et le groupe E.Leclerc réclament la suspension des certificats d’économies d’énergie (CEE). Ils estiment qu’une telle mesure pourrait faire baisser le prix à la pompe de 15 à 20 centimes / l, soit une économie de plusieurs euros par plein. Le débat soulève toutefois des questions d’ordre budgétaire, environnemental et juridique.
Qui porte la voix de la suspension des CEE ?
Parmi les porte‑parole, le sénateur Bruno Retailleau (Les Républicains) avance une baisse de 15 à 17 centimes par litre, tandis que le candidat communiste Fabien Roussel évoque une réduction de 15 centimes. Le représentant de la chaîne E.Leclerc, Michel‑Édouard Leclerc, propose une suspension temporaire de trois mois, arguant que les CEE constituent « la partie la plus simple » à supprimer pour alléger les prix. D’autres personnalités, dont le maire libéral David Lisnard, la conseillère Sarah Knafo et le Rassemblement national, soutiennent également l’idée.
Comment les CEE fonctionnent et quel est leur poids sur le prix du carburant ?
Instaurés en 2006 et étendus aux carburants en 2011, les CEE obligent les fournisseurs d’énergie à financer des actions d’efficacité énergétique (isolation, chauffage, véhicules électriques, etc.). Le coût de ces obligations est ensuite répercuté sur les prix de vente, y compris celui des carburants. Selon le professeur Matthieu Glachant (Mines Paris), les CEE représentent une « quasi‑taxe » dont l’impact sur le litre d’essence était estimé à 7,3 centimes TTC en 2023 par la Cour des comptes. L’Union française des industries pétrolières (Ufip) avance un chiffre plus élevé : 16,57 centimes TTC au 11 septembre 2026, contre environ 11 centimes en 2025.
Quelles seraient les conséquences d’une suspension ou d’une suppression ?
Supprimer les CEE n’affecterait pas directement les recettes de l’État, contrairement à une baisse de la TVA ou de la TICPE, car il s’agit d’une charge supportée par les fournisseurs. Cependant, les CEE financent chaque année des primes pour les ménages, collectivités et entreprises, ainsi que le leasing social de milliers de véhicules électriques. Leur disparition risquerait de compromettre ces aides et de freiner la rénovation énergétique, un secteur qui mobilisait 6 milliards d’euros en 2025 et dont le budget devrait dépasser 8 milliards en 2026. De plus, la directive européenne de 2012 impose aux États membres de garantir des économies d’énergie ; la France devrait alors remplacer les CEE par un dispositif équivalent, comme l’ont fait l’Italie ou le Danemark.
Pourquoi la baisse affichée à la pompe n’est pas garantie ?
Même si les CEE représentent une partie du coût du carburant, les distributeurs ne sont pas obligés de répercuter intégralement une éventuelle suspension sur le prix final. La concurrence entre stations pourrait pousser certains à réduire leurs marges, mais aucune règle ne contraint les acteurs à transmettre la totalité de l’économie aux consommateurs. Par ailleurs, le dispositif s’inscrit dans une logique pluriannuelle ; les obligations déjà contractées et les primes déjà attribuées ne disparaîtraient pas immédiatement, ce qui limiterait l’effet de toute mesure à court terme.