Le président d'Euronext, Stéphane Boujnah, réfute l'idée d'un décrochage structurel de la place de Paris et des marchés européens face à Wall Street. Si les indices américains affichent une performance supérieure, le dirigeant souligne que cette dynamique repose sur une concentration exceptionnelle de géants technologiques mondiaux, dont la capacité à capter des revenus à l'échelle planétaire fausse la comparaison avec les entreprises européennes.
La réalité derrière l'écart des indices
Pour Stéphane Boujnah, la domination des indices américains est portée par une poignée d'entreprises technologiques agissant comme des collecteurs de revenus mondiaux via leurs licences. À l'inverse, il qualifie la performance des grands groupes français de « remarquable ». Concernant le départ de certaines pépites technologiques, comme Pasqal, vers les marchés américains, le patron d'Euronext y voit une stratégie d'opportunité liée à la rapidité de financement, tout en rappelant que ces entreprises maintiennent souvent une volonté de double cotation, incluant Paris.
Le défi des entreprises intermédiaires
L'enjeu majeur pour l'économie européenne ne réside pas dans la performance boursière des grands groupes, mais dans la fragilité des PME et des entreprises de taille intermédiaire (ETI). Ces structures subissent de plein fouet la hausse des coûts de l'énergie et le renchérissement du crédit. Stéphane Boujnah alerte sur le « ruissellement » de la hausse des taux d'intérêt, qui pourrait freiner durablement la croissance des acteurs économiques moins mondialisés.
Vers une consolidation des places boursières
Dans une perspective de renforcement du marché des capitaux européen, le président d'Euronext s'est déclaré ouvert à un rapprochement avec son concurrent allemand, Deutsche Börse. Bien qu'aucune négociation ne soit actuellement en cours, une telle fusion permettrait de créer une « porte d'entrée unique » pour les investisseurs. Une opération de cette envergure, bien que complexe sur le plan réglementaire, s'inscrirait dans la stratégie de croissance externe du groupe, qui gère déjà les places de Paris, Amsterdam, Bruxelles, Dublin, Lisbonne, Milan, Oslo et Athènes.
Le risque de bulle dans l'intelligence artificielle
Interrogé sur l'effervescence autour de l'intelligence artificielle, Stéphane Boujnah distingue la révolution technologique, qu'il juge réelle et structurante pour les processus de production, de la valorisation boursière de certains acteurs. Il anticipe une correction inévitable pour les entreprises dont les promesses ne seront pas soutenues par des opportunités de marché concrètes, un phénomène classique lors des grandes transitions technologiques.