Avec 1 413 jours au pouvoir, Giorgia Meloni établit un record de longévité pour un chef de gouvernement italien depuis la Seconde Guerre mondiale. Cette stabilité politique inédite, couplée à une stratégie de négociation pragmatique avec Bruxelles, a permis à Rome de regagner une influence majeure sur la scène européenne.
Une stratégie d'euro-nationalisme pragmatique
Loin de la rupture redoutée par ses détracteurs, la Première ministre italienne a adopté une approche qualifiée d'« euro-nationalisme ». Plutôt que de s'opposer frontalement aux institutions européennes, elle privilégie la négociation au sein des instances communautaires. Ce positionnement, illustré par son soutien indéfectible à l'Ukraine et sa gestion concertée des dossiers migratoires, lui a permis de passer du statut de dirigeante sous surveillance à celui d'interlocutrice incontournable pour la Commission européenne.
Le rétablissement de la crédibilité financière
Le succès de l'administration Meloni repose largement sur une discipline budgétaire rigoureuse. Le déficit public italien a été ramené de 8,1 % du PIB en 2022 à 3,1 % en 2025, avec l'objectif de repasser sous la barre des 3 % dès 2026. Parallèlement, le marché du travail affiche une santé relative avec un taux de chômage attendu à 5,7 %. Cette trajectoire rassure les investisseurs internationaux, au point que les taux d'emprunt à 10 ans de l'Italie sont désormais inférieurs à ceux de la France, marquant un renversement historique dans la perception du risque par les marchés.
Les limites d'un modèle sous tension
Malgré ces indicateurs financiers, l'économie italienne ne connaît pas de miracle. La croissance demeure poussive, limitée à 0,5 % pour 2026, et reste fortement dépendante des fonds européens. Des experts pointent une baisse de la productivité et une faiblesse persistante des investissements en recherche et développement. Par ailleurs, la dette publique italienne, qui devrait atteindre 139,2 % du PIB en 2027, demeure un point de vigilance majeur pour la stabilité à long terme du pays.
Le défi de la normalisation politique
La stratégie de normalisation de Giorgia Meloni, qui l'a conduite à prendre ses distances avec le trumpisme et à s'aligner sur les positions dominantes de l'UE, comporte un risque politique interne. En occupant le centre de l'échiquier, elle laisse un espace vacant sur sa droite. L'émergence du parti Futuro Nazionale, porté par l'ancien général Roberto Vannacci, illustre cette contestation naissante, portée par une ligne plus radicale sur l'immigration et les relations internationales.