Le projet de terminal flottant de stockage et de regazéification (FSRU) de Nador West Med s'impose à nouveau comme une priorité stratégique pour le Maroc. Dans un contexte marqué par des tensions diplomatiques et une forte dépendance aux infrastructures espagnoles pour l'approvisionnement en gaz, cette infrastructure est perçue comme un levier essentiel pour garantir la souveraineté énergétique du Royaume.
Une dépendance structurelle aux infrastructures espagnoles
Le système énergétique marocain repose actuellement sur une configuration complexe. Depuis l'arrêt des flux algériens via le Gazoduc Maghreb-Europe (GME) en 2021, le Maroc importe du gaz naturel liquéfié (GNL) sur le marché international, qui doit être regazéifié dans des terminaux espagnols avant d'être acheminé vers le Maroc par flux inversé. Cette dépendance est doublée d'un déséquilibre dans les échanges électriques : en 2025, l'Espagne a exporté 3,88 TWh d'électricité vers le Maroc, contre seulement 132 GWh dans le sens inverse. Bien que ces interconnexions assurent une flexibilité mutuelle, elles soulignent la vulnérabilité du Maroc face aux aléas politiques bilatéraux.
Le FSRU de Nador : vers une autonomie de réception
Le projet de FSRU, initialement lancé par le ministère de la Transition énergétique, vise à installer une unité flottante à Nador capable de réceptionner et de regazéifier le GNL directement sur le territoire national. Avec une capacité prévue de 5 milliards de mètres cubes par an, cette infrastructure permettrait d'injecter le gaz directement dans le réseau marocain. L'enjeu est de taille : il s'agit de s'affranchir de la dépendance aux terminaux espagnols pour la transformation du gaz, tout en sécurisant l'alimentation des centrales thermiques de Tahaddart et d'Aïn Beni Mathar.
Anticiper une demande industrielle en forte croissance
Au-delà de la sécurité d'approvisionnement, le projet répond à une projection de consommation nationale en pleine expansion. Estimée à 1 milliard de mètres cubes aujourd'hui, la demande pourrait atteindre 8 milliards de mètres cubes d'ici 2027, portée par les besoins des centrales électriques et le développement des usages industriels. Même avec la montée en puissance des énergies renouvelables, le gaz demeure un complément indispensable pour stabiliser le réseau électrique lors des périodes de faible production solaire ou éolienne.
Un calendrier suspendu mais des besoins persistants
Bien que les appels d'offres aient été suspendus début 2026 pour réévaluer certains paramètres, la nécessité de cette infrastructure reste entière. La récente crise migratoire à Sebta a rappelé, aux yeux des décideurs, que les interdépendances économiques peuvent être instrumentalisées politiquement. Le projet de Nador, en diversifiant les points d'entrée et en relocalisant la capacité de regazéification, apparaît désormais comme une pièce maîtresse pour consolider l'indépendance énergétique du Maroc face aux fluctuations des relations internationales.