Soudan : L'Union africaine prépare son retour à Khartoum pour peser sur les négociations

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 33 lectures
Soudan : L'Union africaine prépare son retour à Khartoum pour peser sur les négociations

L'Union africaine (UA) s'apprête à rouvrir son bureau de liaison à Khartoum, marquant son retour physique au Soudan après plus de trois ans de conflit dévastateur. Ce déploiement vise à repositionner l'organisation continentale au cœur des efforts de médiation directe, alors que la majorité des représentations diplomatiques internationales ont déserté la capitale. Ce retour sur le terrain représente un défi logistique et politique majeur pour l'UA, qui doit préserver sa neutralité face aux belligérants.

Les faits essentiels

En avril 2023, l'éclatement des combats à Khartoum avait contraint l'Union africaine et de nombreuses organisations internationales à évacuer leur personnel vers Addis-Abeba, réduisant la diplomatie à des échanges virtuels. Le 8 juillet dernier, le représentant spécial de l'UA au Soudan, Mohamed Belaiche, a rencontré Abdel Fattah al-Burhan, chef du Conseil de souveraineté et des Forces armées soudanaises (SAF), pour planifier la réouverture du bureau de liaison. Établi à l'origine pour superviser l'accord de paix de 2005, ce bureau a joué un rôle historique dans la transition politique de 2019 avant de recommander la suspension du Soudan de l'UA après les coups d'État de 2019 et 2021. Actuellement, l'UA participe aux efforts de médiation au sein du "Quintet", aux côtés de l'IGAD, de la Ligue arabe, de l'Union européenne et des Nations unies, dont la mission politique (Minuats) a pris fin en février 2024.

Pourquoi c'est important

Ce retour physique confère à l'Union africaine un avantage stratégique unique en faisant d'elle le seul membre du Quintet disposant d'une présence politique active sur le sol soudanais. Alors que la plupart des ambassades ont été délocalisées dans les pays voisins, cette présence directe permet de rétablir des canaux de communication directs et d'obtenir des informations de première main. Pour le gouvernement de transition aligné sur les SAF, la réouverture du bureau offre une reconnaissance diplomatique précieuse et une opportunité d'influencer les décisions de l'UA. Pour l'organisation continentale, l'enjeu est de reprendre l'initiative face aux acteurs extérieurs et d'exercer une pression directe sur les parties au conflit pour les amener à négocier de bonne foi, malgré l'absence actuelle d'un accord de cessez-le-feu.

Ce qu'il faut surveiller

La réussite de cette mission dépendra de la capacité de l'UA à maintenir une stricte neutralité. Pour éviter d'être perçue comme partisane du gouvernement de fait, elle devra obtenir le soutien politique de l'ensemble des acteurs, y compris des Forces de soutien rapide (RSF) et des organisations de la société civile. La sécurité du personnel reste une préoccupation majeure, les représentations diplomatiques ayant été ciblées au début du conflit. Sur le plan pratique, le bureau devra fonctionner dans une capitale aux infrastructures gravement endommagées, confrontée à des pénuries d'eau, d'électricité et d'internet, et toujours vulnérable aux attaques de drones en raison de la fluctuation des lignes de front. Enfin, il faudra observer comment l'UA parviendra à coordonner le dialogue national proposé par Abdel Fattah al-Burhan tout en intégrant la diversité des voix soudanaises.

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