La multiplication récente d'effondrements de mines d'or au Soudan, ayant causé près d'une centaine de décès en quelques jours, met en lumière les risques mortels encourus par les travailleurs dans un secteur largement informel. Cette tragédie humaine s'inscrit dans un contexte de délabrement économique profond, où l'extraction aurifère est devenue une ressource de survie pour une population frappée par la guerre civile.
Une série de drames miniers dans le nord et le centre
Le dernier accident en date s'est produit dimanche dans la zone minière d'Awny, près de la frontière égyptienne, où l'effondrement d'une mine a fait au moins 10 morts et 21 blessés, selon les témoignages des survivants. Les opérations de secours se poursuivent pour tenter de retrouver d'éventuelles personnes piégées sous les décombres. Ce drame survient quelques jours seulement après une catastrophe majeure dans l'État du Kordofan occidental, près de la ville d'en-Nahud, où l'effondrement de la mine d'al-Zaraa a coûté la vie à au moins 82 personnes.
L'or, pilier d'une économie en chute libre
Depuis le déclenchement du conflit entre l'armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (RSF) en avril 2023, le tissu économique du pays s'est effondré. La monnaie nationale a perdu une valeur considérable, passant d'un taux de 570 livres pour un dollar avant la guerre à plus de 3 500 livres en avril 2026. Cette dévaluation, couplée à une chute drastique du PIB et à la désorganisation du secteur agricole, pousse de nombreux Soudanais vers l'exploitation minière artisanale. Malgré l'instabilité, la production d'or a atteint 70 tonnes l'an dernier, devenant une source de revenus indispensable pour pallier l'inflation galopante.
Un secteur informel hors de tout contrôle
La dangerosité de ces sites s'explique par l'absence quasi totale de régulation, d'infrastructures modernes et d'équipements de sécurité spécialisés. Selon les analystes de l'International Crisis Group, la majorité des sites sont des exploitations artisanales informelles situées dans des zones reculées. Si le gouvernement soudanais a récemment évoqué des politiques de contrôle des marchés miniers et la nécessité de limiter les dommages environnementaux et sanitaires, la réalité du terrain reste marquée par une exploitation sauvage. Par ailleurs, une part importante de la production échappe aux circuits officiels via des réseaux de contrebande, privant l'État de revenus publics essentiels alors que le pays est engagé dans des tensions diplomatiques internationales concernant l'utilisation de ces ressources dans le financement du conflit.