Après plus de trois ans d'un conflit dévastateur ayant causé 200 000 morts et 14 millions de déplacés, la guerre au Soudan franchit un nouveau seuil d'horreur. Des éléments documentés, incluant des communications interceptées, confirment que l'armée régulière a eu recours à des armes chimiques pour contrer la progression des Forces de soutien rapide (FSR).
L'usage tactique du chlore par les FAS
Entre juillet 2024 et janvier 2025, les Forces armées soudanaises (FAS), dirigées par le général Abdel Fattah Abdelrahman al-Burhan, ont intégré des bombes au chlore dans leur arsenal. Selon des dossiers confidentiels transmis par des services de renseignement, cette stratégie visait à reprendre l'initiative sur le terrain après la perte de Khartoum et de bastions stratégiques. Des largages de barils de chlore gazeux ont notamment été identifiés en septembre 2024 au-dessus de la raffinerie d'Al-Jaili, une infrastructure alors occupée par les paramilitaires que l'armée cherchait à récupérer sans détruire le site.
Une diplomatie sous tension avec Washington
Ces révélations interviennent dans un contexte de blocage diplomatique total. Alors que les États-Unis, par la voix de Massad Boulos, conseiller pour les affaires africaines, plaident pour un embargo sur les armes et un cessez-le-feu, le pouvoir de Khartoum affiche une hostilité marquée. Le gouvernement soudanais conteste formellement les accusations d'utilisation d'armes chimiques, arguant de l'absence de témoignages crédibles sur le terrain. Parallèlement, Washington se retrouve dans une position délicate, tiraillé entre l'intransigeance du général al-Burhan, fort de ses récentes victoires, et les appels à la trêve portés par la coalition civile Somoud, menée par Abdallah Hamdock.
La crise de gouvernance au cœur du débat
Au-delà du théâtre militaire, la situation soudanaise alimente une réflexion plus large sur la nature du pouvoir sur le continent. Dans une analyse récente, l'écrivain Tierno Monénembo souligne que les crises africaines actuelles ne sont pas le fruit d'une incompatibilité avec la démocratie, mais relèvent d'une défaillance morale et civique des dirigeants. En s'appuyant sur des travaux historiques, il rappelle que les mécanismes de contre-pouvoir et d'alternance sont des principes universels, dont l'application est aujourd'hui entravée par des postures autoritaires qui, comme au Soudan, privilégient la force brute au détriment des populations civiles.