Une série de documents, enregistrements et communications militaires récemment révélés met en lumière l'existence présumée d'un programme clandestin de production d'armes chimiques au sein de l'armée soudanaise. Ces éléments, qui détaillent la conception et les essais de munitions au chlore durant l'année 2024, placent le commandement militaire soudanais face à de graves accusations de violation du droit international.
Un programme structuré au cœur du conflit
L'enquête pointe la mise en place d'un projet dirigé par le général de brigade Tarek Hussein, visant à adapter des munitions explosives pour y intégrer environ 15 kilogrammes de chlore. Les communications interceptées suggèrent que ce programme a été initié pour briser l'impasse militaire à Khartoum. Un essai en conditions réelles aurait été mené le 22 juillet 2024 dans une zone désertique, utilisant un avion de transport Antonov, avant que la production ne s'intensifie pour atteindre un stock estimé à 300 unités en octobre 2024.
Détournement d'infrastructures civiles
L'un des aspects les plus critiques de ces révélations concerne l'approvisionnement en agents chimiques. Le chlore utilisé proviendrait notamment de la station de traitement des eaux d'Al-Manara, une infrastructure vitale destinée à fournir de l'eau potable aux populations civiles et à endiguer les épidémies. Cette pratique soulève des questions éthiques et humanitaires majeures, alors que le pays traverse l'une des crises les plus graves au monde avec plus de 12 millions de personnes déplacées.
La question de la responsabilité hiérarchique
Au-delà de la fabrication technique, les documents suggèrent une implication des plus hauts échelons de l'État. Des échanges interceptés indiquent que le général Abdel Fattah al-Burhan, chef de l'armée et président du Conseil souverain, aurait ordonné la destruction des preuves liées à ces activités après l'imposition de sanctions américaines en mai 2025. Cette tentative présumée de dissimulation complique davantage la position de Khartoum sur la scène internationale.
Un défi pour la justice internationale
Si l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques a confirmé que plusieurs États ont sollicité des éclaircissements, l'établissement d'une preuve juridique définitive reste complexe. Le Soudan, signataire de la Convention sur l'interdiction des armes chimiques depuis 1999, se retrouve sous une pression accrue. L'enjeu est désormais de savoir si ces éléments probants permettront l'ouverture d'une enquête indépendante sur le terrain, capable de confirmer l'existence de ce programme et d'en établir les responsabilités directes.