Sommet spatial de Paris : l’Europe face à ses fractures face aux mastodontes américain et chinois

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 38 lectures
Sommet spatial de Paris : l’Europe face à ses fractures face aux mastodontes américain et chinois

Le premier sommet international de l’espace organisé par Emmanuel Macron s’ouvre à Paris dans un climat diplomatique et industriel dégradé. Prévu les 9 et 10 septembre sous la verrière du Grand Palais, l’événement doit réunir 120 pays — Russie, Iran et Corée du Nord exceptés — autour d’une ambition européenne du spatial, mais il a vu plusieurs désistements de poids en quelques jours, mettant à l’épreuve la portée politique du rendez-vous.

SpaceX, Blue Origin et Berlin se retirent à la veille du sommet

Jeudi, les géants américains SpaceX et Blue Origin ainsi que les start-up Stoke Space et Starcloud ont annulé leur participation, sur fond de rumeurs de pression de la Maison-Blanche, selon le ministère français de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et de l’Espace. Vendredi, c’est l’absence du chancelier allemand Friedrich Merz, pourtant coprésident prévu de l’événement, qui a été officialisée. Son agenda — discours au Bundestag, rencontre avec le président du Conseil européen Antonio Costa puis avec le président des Émirats arabes unis Mohamed bin Zayed Al-Nahyan — ne lui laissait « aucune marge », selon un porte-parole du gouvernement allemand.

Une coopération franco-allemande sous tension industrielle

À l’Élysée, on rappelle que Français et Allemands « s’entendaient très bien pour parler de tous les sujets, y compris ceux sur lesquels existent des divergences ». De nombreux industriels allemands, dont OHB, seront présents, et la filière française, représentée par le Gifas, espère renforcer ses liens avec son homologue le BDLI. Jean-Marie Bétermier, directeur espace de Safran Electronics & Defense, souligne que beaucoup d’acteurs sont déjà multinationaux, citant Airbus ou ArianeGroup, et qu’une industrie ne peut fonctionner en autarcie. Le cas OHB illustre toutefois les ambiguïtés du rapprochement : engagé dans la constellation européenne Iris², l’industriel coopère aussi avec Rheinmetall et Airbus sur une constellation militaire pour la Bundeswehr et s’oppose au projet de mégafusion des satellites d’Airbus, Thales et Leonardo, par crainte d’une concentration qui réduirait la concurrence.

Souveraineté européenne : la question des lanceurs réutilisables

Hervé Derrey, PDG de Thales Alenia Space et président de la commission espace du Gifas, a déploré la fragmentation européenne et les velléités de « certains pays » de « développer des activités redondantes », visant implicitement l’Allemagne qui prévoit 35 milliards d’euros d’ici 2030 pour ses capacités spatiales militaires. L’enjeu de souveraineté se pose aussi sur les lanceurs : Donald Trump a fixé l’objectif de 1 000 lancements par an d’ici 2030 aux États-Unis, et l’entreprise chinoise LandSpace a réussi en août à récupérer le premier étage du lanceur lourd Zhuque-3, comparable au Falcon 9, alors que l’Europe n’a pas encore testé de fusée réutilisable. Pour le directeur général de l’ESA Josef Aschbacher, le continent pourrait pourtant développer des vols habités « à un coût raisonnable », un dossier appelé à figurer au cœur des discussions parisiennes.

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