Soixante-six ans après le massacre de Sharpeville, les survivants engagent une bataille juridique historique

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 33 lectures
Soixante-six ans après le massacre de Sharpeville, les survivants engagent une bataille juridique historique

Plus de six décennies après la tragédie de Sharpeville, les survivants et les familles des victimes brisent le silence pour exiger justice. Un recours judiciaire inédit, porté par l'ONG Lawyers for Human Rights et le cabinet Leigh Day, vise à invalider une loi d'indemnisation héritée de l'ère de l'apartheid qui empêche, encore aujourd'hui, toute poursuite contre les responsables du massacre.

Le poids d'une loi d'indemnisation anachronique

Le 21 mars 1960, la répression brutale d'une manifestation pacifique contre les lois sur les « laissez-passer » (dompas) a fait au moins 69 morts, selon les chiffres officiels, bien que des estimations récentes suggèrent un bilan pouvant atteindre 91 victimes. Immédiatement après ces événements, le gouvernement de la minorité blanche a instauré une loi d'indemnisation protégeant les forces de police de toute responsabilité civile ou pénale. Malgré la transition démocratique de 1994, ce texte législatif demeure en vigueur, bloquant toute tentative de recours judiciaire pour les familles des victimes.

Un recours collectif pour la dignité

L'action en justice déposée devant la Haute Cour sud-africaine demande l'abrogation de cette loi, jugée inconstitutionnelle au regard de la Constitution actuelle. Si le tribunal valide la demande de recours collectif, environ 70 personnes pourraient, pour la première fois, intenter une action contre l'État. Pour les avocats, l'enjeu dépasse la simple réparation financière : il s'agit de reconnaître le préjudice subi par une communauté qui se sent oubliée et de permettre une véritable guérison collective, là où les mécanismes précédents, comme la Commission de vérité et réconciliation (CVR), ont échoué à traduire les coupables en justice.

Les limites de la Commission de vérité et réconciliation

Bien que la CVR ait été un pilier de la transition sud-africaine, elle n'a pas permis de faire toute la lumière sur le massacre de Sharpeville. Aucun policier impliqué dans la fusillade n'a sollicité d'amnistie, et aucune condamnation n'a été prononcée. Si le ministère de la Justice souligne avoir versé des subventions à 560 victimes de l'apartheid reconnues par la CVR, les survivants de Sharpeville estiment que ces mesures sont insuffisantes face à l'ampleur des traumatismes persistants et à la dégradation socio-économique de leur commune.

Un enjeu de purification constitutionnelle

Pour les experts en droit constitutionnel, cette affaire représente une étape nécessaire pour « nettoyer » l'arsenal législatif sud-africain des vestiges de l'apartheid. Le principe de continuité de l'État impose en effet que les lois pré-1994 restent valides tant qu'elles ne sont pas explicitement abrogées par le Parlement. En contestant la constitutionnalité de cette loi, les plaignants cherchent à clore définitivement ce chapitre sombre de l'histoire nationale, offrant ainsi une perspective de justice aux générations futures.

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