Six tonnes de cyanure saisies en deux mois : le Mali face à l’urgence de démanteler une filière clandestine

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 17 lectures
Six tonnes de cyanure saisies en deux mois : le Mali face à l’urgence de démanteler une filière clandestine

Deux saisies douanières en deux mois révèlent l’ampleur d’une filière clandestine de cyanure au Mali, avec 6,1 tonnes interceptées. Au-delà des chiffres, l’enjeu est désormais de retracer les circuits d’approvisionnement et d’identifier les bénéficiaires finaux, alors que cette substance toxique menace à la fois la santé publique et les écosystèmes.

Des cargaisons frauduleuses interceptées à Ségou et Bamako

Le 22 juin, les douaniers ont découvert cinq tonnes de cyanure dissimulées sous des cartons de poissons séchés et des colis de tapis dans un véhicule en provenance de Sécoro, dans la région de Ségou. Deux mois plus tard, dans la nuit du 22 août, 1 100 kilogrammes de cyanure ont été saisis à Badalabougou, un quartier de Bamako, dans 22 sacs non déclarés. Ces deux opérations portent à 6,1 tonnes le volume total de cyanure retiré de circuits présentés comme illégaux.

Si le cyanure est autorisé pour certains usages industriels, notamment dans le traitement des minerais d’or, son importation, son transport et son stockage au Mali sont strictement encadrés. Les saisies soulèvent des questions sur la traçabilité des cargaisons et les autorisations éventuellement présentées par les transporteurs.

Un danger sanitaire et environnemental sous-estimé

Le cyanure est une substance hautement toxique : une exposition, même brève, peut entraîner des lésions cérébrales, pulmonaires ou cardiaques en empêchant l’organisme d’utiliser correctement l’oxygène. Les cargaisons interceptées, souvent transportées sans documents ni emballages adaptés, représentent un risque majeur pour les manutentionnaires, les populations riveraines et les milieux naturels.

Les autorités n’ont pas encore révélé l’origine exacte des cargaisons de Badalabougou, ni leur destination finale. Aucune information publique ne permet d’affirmer qu’elles étaient destinées à des sites miniers légaux. Cette opacité aggrave les craintes d’une utilisation frauduleuse, notamment dans l’extraction artisanale de l’or, où le cyanure est parfois détourné de ses circuits réglementés.

Démanteler la filière : un défi pour les autorités

Les saisies douanières, bien que nécessaires, ne suffisent pas à démanteler une filière clandestine. Une enquête approfondie, associant les services des Douanes, des Mines, de la Santé, de l’Environnement et de la Justice, est indispensable pour retracer les achats, les transporteurs, les entrepôts et les bénéficiaires finaux.

Les autorités doivent également clarifier les modalités de conservation et de destruction des produits saisis. Pour une substance aussi dangereuse, la sécurisation post-interception est aussi cruciale que l’opération elle-même. Une étude de 2021 avait déjà alerté sur l’expansion de ces circuits clandestins en Afrique de l’Ouest, mais aucune preuve ne confirme que les cargaisons saisies en 2024 empruntaient les mêmes routes.

Vers une régulation renforcée des flux de cyanure ?

Ces saisies mettent en lumière les lacunes du contrôle des flux de cyanure au Mali. Alors que l’orpaillage artisanal emploie massivement cette substance, souvent de manière informelle, les autorités doivent renforcer la traçabilité et sanctionner les acteurs impliqués dans ces circuits frauduleux. La question n’est plus seulement de compter les tonnes saisies, mais de remonter jusqu’aux commanditaires et d’éviter que ces cargaisons ne se transforment en bombes sanitaires et environnementales.

Le Briefing KUMBA

L'essentiel de l'actu panafricaine, chaque matin par email.

Discussion

Commentaires

Les commentaires sont modérés avant publication. Respectez les personnes et le débat.

Aucun commentaire publié pour le moment.

Soyez le premier à participer à la discussion.

Votre pays

KUMBA priorisera les contenus de ce pays.

Aucun pays trouvé.