Le récent crash d'un appareil ATR-42 de l'armée de l'air nigériane (NAF), qui a coûté la vie à 25 personnes, relance le débat sur la fiabilité des opérations aériennes militaires dans le pays. Cette tragédie s'ajoute à une série d'accidents récurrents ayant causé la mort de plus de 34 membres du personnel militaire ces dernières années, imposant une réflexion urgente sur les procédures de maintenance et de commandement.
Un bilan humain et opérationnel alarmant
L'accident du NAF 931, survenu lors d'un vol entre Benin-City et Lagos, souligne la vulnérabilité persistante des flottes militaires. Depuis 2018, plusieurs incidents majeurs ont marqué l'histoire récente de la NAF, incluant des collisions en vol, des crashs lors de phases d'atterrissage par mauvais temps ou des pertes de contact radar lors de missions de surveillance. Ces événements, qui ont frappé aussi bien des avions de transport que des hélicoptères de combat, soulèvent des interrogations légitimes sur l'état de navigabilité des appareils et la formation continue des équipages.
L'impasse des enquêtes sans suivi
Pour de nombreux observateurs, le cycle actuel — accident, enquête, recommandations, puis nouvel accident — est devenu insoutenable. Olumide Ohunayo, secrétaire général de l'Aviation Safety Round Table Initiative, plaide pour une rupture avec ces méthodes traditionnelles. Selon lui, la simple multiplication des formations ne suffit pas si les lacunes structurelles ne sont pas identifiées en amont. Il préconise une évaluation indépendante et approfondie, impliquant des organismes civils comme la Nigerian Safety Investigation Bureau (NSIB), pour auditer les systèmes de gestion de la sécurité, la maintenance et la surveillance réglementaire au sein de l'aviation militaire.
Vers une réforme systémique
L'enjeu dépasse désormais le cadre technique de l'ATR-42, un modèle dont l'historique mondial montre des causes d'accidents variées, allant des conditions météorologiques aux erreurs humaines. L'exigence actuelle porte sur la mise en place d'un véritable plan de redressement : une évaluation des écarts de sécurité (Military Aviation Safety Gap Assessment), suivie d'actions correctives mesurables et d'un suivi indépendant. À plus long terme, la création d'un département dédié au sein de l'Autorité de l'aviation civile nigériane (NCAA) est avancée comme une solution pour structurer durablement l'écosystème aéronautique national, garantissant ainsi un vivier qualifié de techniciens et de pilotes pour l'ensemble du secteur.