Sept groupes armés éthiopiens, aux trajectoires et aux intérêts parfois divergents, ont officialisé la création de l'Alliance des forces populaires éthiopiennes pour la survie. Cette coalition inédite affiche pour objectif explicite le renversement du gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed et la mise en place d'une administration de transition.
Une coalition hétéroclite face au pouvoir fédéral
L'alliance regroupe des acteurs majeurs des tensions internes qui secouent l'Éthiopie depuis plusieurs années. Parmi les signataires figurent le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), qui a dominé la vie politique nationale pendant près de trois décennies, le Mouvement national Fano de l'Amhara, en conflit ouvert avec les forces fédérales depuis 2023, et l'Armée de libération oromo (OLA), active dans la région d'Oromia depuis 2018. Quatre autres mouvements régionaux, dont le Front de libération nationale de l'Ogaden (ONLF) et le Front révolutionnaire démocratique de l'unité afar (Ugugumo), complètent cet ensemble.
Des motivations centrées sur la survie politique
Selon les déclarations des leaders de cette coalition, ce rapprochement est le fruit d'un an de négociations discrètes. Les membres de l'alliance justifient leur union par la nécessité de contrer ce qu'ils qualifient de « régime dictatorial » menant le pays vers une fragmentation irréversible. Pour ces groupes, l'enjeu est de protéger leurs intérêts respectifs face à une politique gouvernementale qu'ils estiment être une menace existentielle. Le projet annoncé prévoit l'établissement d'une charte pour encadrer une période de transition, visant à mettre fin aux hostilités armées et à initier un dialogue national.
Un contexte sécuritaire fragilisé
Cette annonce intervient dans un climat de vive tension, marqué par l'effritement des accords de paix signés précédemment. Le TPLF a notamment déclaré en juillet dernier que l'accord de Pretoria de 2022, qui avait mis fin au conflit au Tigré, était « effectivement mort ». Les récents affrontements dans le nord du pays et la persistance des combats en Amhara et en Oromia illustrent la fragilité de la stabilité éthiopienne. Si le gouvernement d'Abiy Ahmed, arrivé au pouvoir en 2018 avec des promesses de réformes démocratiques, n'a pas encore réagi officiellement à cette annonce, la formation de ce bloc d'opposition armée marque une étape significative dans la crise politique que traverse le pays.