Une nouvelle alliance, baptisée Coalition des forces populaires éthiopiennes pour la survie, vient de voir le jour, regroupant sept mouvements armés et groupes d'opposition hostiles au gouvernement fédéral. Cette union inédite affiche une ambition claire : destituer le Premier ministre Abiy Ahmed pour mettre en place un gouvernement de transition inclusif.
Une coalition hétéroclite face à Addis-Abeba
La nouvelle structure rassemble des acteurs aux ancrages régionaux divers, dont le Front de libération du peuple du Tigré (TPLF), le Mouvement national amhara des Fano, l'Armée de libération oromo (OLA), ainsi que le Front national de libération de l'Ogaden (ONLF). S'y ajoutent le Front révolutionnaire d'unité nationale afar, le Mouvement de libération du peuple benishangul et le Mouvement démocratique du peuple gumuz. Lors de l'annonce officielle, le président du mouvement Fano, Zemene Kassie, a qualifié le pouvoir central de « régime dictatorial et génocidaire », accusant l'exécutif de précipiter le pays vers une désintégration totale.
Un défi pour la stratégie du gouvernement
Cette alliance marque un tournant dans le paysage politique éthiopien en mettant de côté des clivages historiques profonds. Pour les observateurs, ce rapprochement fragilise directement la stratégie du Premier ministre Abiy Ahmed, fondée jusqu'ici sur une tactique de « diviser pour mieux régner ». En unifiant leurs voix, ces sept groupes cherchent à transformer une opposition fragmentée en un front commun capable de peser sur la stabilité du gouvernement fédéral, qui n'a pas encore formulé de réponse officielle à cette annonce.
Les limites de la coordination opérationnelle
Si l'objectif politique est commun, la viabilité de cette coalition reste incertaine. Les analystes soulignent la difficulté majeure de coordonner des mouvements ayant des intérêts divergents, voire des passés conflictuels. À titre d'exemple, le TPLF et les milices Fano ont été des rivaux directs durant la guerre au Tigré, et des tensions territoriales persistent, notamment concernant l'administration de l'ouest de la région tigréenne, sous contrôle amhara depuis 2022. La capacité de ces forces à maintenir une unité d'action sur le terrain constitue désormais le point critique à surveiller pour l'avenir politique du pays.