Le Sénégal engage une réflexion collective pour définir sa propre approche des minéraux critiques, loin des modèles étrangers. Une démarche qui vise à concilier ressources locales et ambitions nationales.
Une approche endogène des minéraux stratégiques
Le pays a lancé une concertation inédite associant société civile, industriels, chercheurs et institutions pour établir une liste de minéraux jugés critiques. Contrairement à d’autres États africains ou occidentaux, le Sénégal ne se contente pas de reproduire des modèles prédéfinis. La directrice du Service géologique national (SGN), le Dr Rokhaya Samba Diène, insiste sur cette singularité : la notion de criticité varie selon les pays et leurs besoins spécifiques. Le phosphate, par exemple, y est considéré comme stratégique en raison de son rôle dans l’autosuffisance alimentaire, tandis que d’autres nations privilégient des ressources liées à la transition énergétique, comme le cobalt.
Cette démarche s’inscrit dans une volonté de souveraineté minière. Le SGN, placé sous la tutelle du ministère des Mines et de la Géologie, a été désigné comme point focal pour piloter cette stratégie. Son travail s’appuie sur une expertise internationale, notamment celle du Forum intergouvernemental sur les mines, les métaux et le développement durable (IGF), dont le Sénégal est membre fondateur. L’objectif ? Produire une feuille de route nationale, après une première phase de lancement en ligne et des échanges techniques approfondis.
Des ressources à identifier, des choix à arbitrer
Avant toute classification officielle, le pays doit d’abord disposer de données fiables. Une étude de recherche minérale, élargie à l’ensemble des ressources du sous-sol, est en cours. Elle s’appuie sur la carte géologique existante, qui a déjà permis d’identifier des zones cibles. Cependant, les ressources et réserves restent à préciser. « C’est la première phase, c’est-à-dire avoir des données fiables », rappelle le Dr Diène, avant d’envisager l’estimation des réserves et le classement des minéraux stratégiques.
Pour affiner sa réflexion, le Sénégal s’inspire des expériences d’autres pays africains – comme le Niger, la Sierra Leone ou la République démocratique du Congo – ainsi que de modèles internationaux, tels que ceux du Chili ou du Brésil. L’Union africaine, via son Centre africain de développement des ressources minérales, propose également une approche continentale avec sa stratégie des « minéraux verts ». Cette diversité d’inspirations reflète la complexité du défi : concilier exploitation minière, développement économique et préservation des intérêts nationaux.