La scission entre Pastef et Kiiraay marque un tournant dans le paysage politique sénégalais, où Ousmane Sonko et Bassirou Diomaye Faye s’affrontent désormais pour le leadership de la coalition des 54 %. Entre stratégies d’alliances, débauchages et incertitudes électorales, les deux camps jouent une partie risquée pour 2029.
Une coalition divisée et des stratégies opposées
La rupture entre Pastef et Kiiraay, née d’une coalition victorieuse en 2024, révèle des divergences stratégiques majeures. Bassirou Diomaye Faye, désormais à la tête de Kiiraay, mise sur des alliances opportunistes avec d’anciens rivaux – dont des figures de l’APR, du Parti socialiste ou du PDS – pour reconstituer une majorité fragile. Son objectif : marginaliser Pastef et son leader historique, Ousmane Sonko, en s’appuyant sur des réseaux politiques traditionnels et des financements électoraux. Pourtant, ses lieutenants peinent à mobiliser les masses, leurs discours restant cantonnés aux luttes de palais.
De son côté, Pastef, privé de son mentor, tente de se réinventer. Sonko, figure charismatique, mise sur une base militante solide en relançant l’adhésion militante, mais doit composer avec une démotivation croissante et des défections. Le parti, autrefois unitaire, doit désormais naviguer entre radicalité idéologique et pragmatisme pour éviter l’effritement de son capital sympathie.
Enjeux électoraux et risques de déstabilisation
Les deux camps misent sur des logiques de pouvoir plutôt que sur des convictions, dans un contexte économique dégradé. Les contraintes imposées par le FMI et la paupérisation croissante de la population pourraient fragiliser leurs discours, surtout si les promesses de changement ne se concrétisent pas. Pastef, en particulier, risque de perdre son électorat si son discours trop clivant ne s’adapte pas aux réalités socio-économiques.
Pour Kiiraay, l’enjeu est de taille : séduire des alliés aux intérêts divergents sans aliéner sa base. Les alliances avec d’anciens adversaires, comme ceux de l’ère Macky Sall, pourraient se révéler contre-productives, alimentant un sentiment de trahison chez les électeurs. Quant à Sonko, il devra éviter l’isolement en trouvant un équilibre entre fermeté idéologique et ouverture tactique, sous peine de voir ses troupes se disperser.
Dans cette bataille, une certitude s’impose : le système politique sénégalais, où les majorités se construisent davantage sur des calculs d’intérêts que sur des idéaux, réserve encore bien des surprises avant 2029.