Le projet de réforme de la régulation médiatique au Sénégal suscite une vive inquiétude chez les défenseurs des droits humains. Seydi Gassama, directeur exécutif d'Amnesty International Sénégal, redoute que l'extension du contrôle étatique aux plateformes numériques ne fragilise les acquis démocratiques et ne ravive les tensions observées ces dernières années.
La mutation du Conseil national de régulation des médias
Le gouvernement sénégalais a franchi une étape décisive en janvier 2026 avec l'adoption, en Conseil des ministres, d'un projet de loi portant création du Conseil national de régulation des médias (CNRM). Cette instance est appelée à remplacer l'actuel CNRA avec un périmètre d'action élargi. Désormais, la régulation ne se limitera plus aux médias traditionnels, mais englobera également les réseaux sociaux, les sites d'information en ligne et diverses plateformes numériques.
Une modernisation sous haute surveillance
Si les autorités sénégalaises justifient cette réforme par la nécessité de moderniser le cadre juridique face aux mutations technologiques, elles assurent privilégier une approche inclusive et non punitive. Cependant, cette promesse de régulation apaisée se heurte au scepticisme des organisations de la société civile. Pour Seydi Gassama, ces velléités de contrôle rappellent les méthodes coercitives déployées entre 2021 et 2024, une période marquée par des restrictions sévères de l'espace civique et des manifestations violemment réprimées, ayant causé, selon Amnesty International, la mort d'au moins 65 personnes.
L'espace numérique comme contre-pouvoir
Au cœur de cette controverse réside la question de la liberté d'expression. Pour le défenseur des droits de l'homme, les réseaux sociaux constituent aujourd'hui un levier d'émancipation indispensable, offrant aux citoyens un espace de parole face aux élites politiques et économiques. Toute tentative de régulation, si elle est perçue comme une restriction, est analysée par Amnesty International comme une menace directe sur les libertés publiques. L'organisation appelle à une vigilance accrue, considérant que le numérique doit demeurer un contrepoids essentiel dans le jeu démocratique sénégalais, plutôt qu'un outil sous contrôle institutionnel.