Le Sénégal traverse une crise politique majeure opposant le président Bassirou Diomaye Faye à Ousmane Sonko, ancien Premier ministre et président de l’Assemblée nationale. Depuis le limogeage de Sonko de la Primature, le 22 mai 2026, les deux figures issues du même camp s’affrontent pour le contrôle de l’État, du parti PASTEF et de l’agenda national.
Le conflit dépasse les divergences stratégiques pour devenir une bataille totale sur la légitimité du "Projet" né de la victoire de 2024. D’un côté, le président Faye, détenteur de la légitimité présidentielle et des leviers administratifs, de l’autre, Sonko, chef de PASTEF et figure tutélaire du mouvement ayant porté l’alternance. La nomination d’Ahmadou Al Aminou Lô à la Primature, trois jours après le limogeage de Sonko, marque un recentrage vers un profil technocratique, perçu par PASTEF comme un risque de dilution du projet initial.
Sonko, élu président de l’Assemblée nationale le 26 mai 2026, devient un contre-pouvoir potentiel en conservant le contrôle de la majorité parlementaire. Cette cohabitation forcée installe deux centres de commandement au sommet de l’État, avec des visions opposées sur la gestion de l’État : prolonger l’esprit de combat de l’opposition ou assumer les contraintes institutionnelles classiques.
Les tensions internes au sein de PASTEF, illustrées par des initiatives comme les "Ndogou" présidentiels, révèlent une stratégie visant à contourner la direction du parti et à tester les loyautés des députés. Cette crise, née d’une fracture interne au bloc victorieux, place les institutions sénégalaises face à un défi historique : absorber une confrontation inédite entre deux pouvoirs issus du même camp.