Le quinquennat, durée constitutionnelle du mandat présidentiel au Sénégal, est au cœur d’un débat relancé par des responsables proches du pouvoir. Une proposition de retour au septennat, portée par des figures de Kiiraay, interroge sur sa légitimité juridique et son opportunité politique.
Un débat relancé par des proches du président
La question d’un éventuel retour au septennat a refait surface au Sénégal, portée par des personnalités issues de l’entourage du président Bassirou Diomaye Faye. Ces responsables, dont certains occupent des postes clés au sein de la nouvelle formation Kiiraay, estiment que le quinquennat ne correspondrait plus aux réalités économiques du pays. Leur proposition, bien que non officielle, soulève des interrogations sur les intentions réelles du chef de l’État et sur la cohérence de son projet politique.
Pourtant, la Constitution sénégalaise encadre strictement la durée du mandat présidentiel. L’article 27 fixe celle-ci à cinq ans, tandis que l’article 103 interdit toute révision de cette disposition, y compris par référendum. Une telle modification nécessiterait une refonte constitutionnelle majeure, juridiquement complexe et politiquement risquée.
Un quinquennat adapté aux défis structurels
Le quinquennat offre un cadre temporel suffisant pour engager des réformes profondes et évaluer leur impact. Cinq ans permettent de définir une vision stratégique, de mettre en œuvre des politiques publiques ambitieuses et de présenter un bilan aux citoyens. Contrairement aux idées reçues, la durée du mandat ne détermine pas celle des politiques, mais plutôt leur continuité et leur évaluation.
Les défis du Sénégal – emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation ou industrialisation – ne sauraient être résolus par un simple allongement du mandat. Ces enjeux nécessitent des institutions solides, une planification rigoureuse et une administration efficace, bien plus qu’un changement de durée. Un septennat mal gouverné ne produirait pas davantage de résultats qu’un quinquennat bien exécuté.
Par ailleurs, la proposition de retour au septennat, si elle était poursuivie, exposerait le président à des critiques sur ses intentions réelles. Elle détournerait l’attention des priorités actuelles, à savoir la mise en œuvre des engagements pris devant les électeurs. Kiiraay, en tant que formation politique, devrait plutôt se concentrer sur l’accompagnement efficace du mandat en cours, afin de permettre au président de solliciter à nouveau la confiance des Sénégalais en 2029.
Un verrou constitutionnel infranchissable
La Constitution sénégalaise verrouille doublement la durée du mandat présidentiel. Non seulement elle fixe celle-ci à cinq ans, mais elle interdit explicitement toute révision de cette disposition. L’article 103 précise que la durée du mandat, comme d’autres éléments fondamentaux de l’État, ne peut faire l’objet d’aucune modification, y compris par référendum.
Cette interdiction soulève une question juridique majeure : comment modifier une disposition que la Constitution elle-même déclare intangible ? Une telle démarche nécessiterait de recourir au pouvoir constituant originaire, c’est-à-dire à l’adoption d’une nouvelle Constitution. Ce processus, lourd et controversé, risquerait de fragiliser les institutions et de saper la légitimité du président.
En définitive, le débat sur le septennat, bien que légitime dans une démocratie, se heurte à des obstacles constitutionnels et politiques majeurs. Le quinquennat reste la norme, et toute tentative de modification apparaît comme une diversion inutile. Les priorités du Sénégal résident dans l’exécution des réformes en cours et la consolidation des institutions, bien plus que dans une réforme constitutionnelle hasardeuse.