L'annonce d'une mobilisation de 300 millions de dollars, soit environ 171 milliards de FCFA, par l'entreprise américaine Cybastion pour le secteur numérique sénégalais soulève de nombreuses interrogations. Si le projet ambitionne de renforcer la cybersécurité et les infrastructures nationales, l'absence de détails sur le montage financier, le calendrier et les modalités contractuelles laisse planer un flou sur la nature réelle de cet engagement.
Une mobilisation de fonds encore théorique
Lors d'une mission à Washington, le président Bassirou Diomaye Faye a acté un partenariat avec Cybastion, dirigé par Thierry Wandji. Toutefois, le terme « mobilisation » utilisé par la présidence suggère qu'il ne s'agit pas d'un investissement direct, mais d'une promesse de recherche de financements combinant fonds publics et privés. À ce stade, aucune enveloppe n'est finalisée et les projets demeurent soumis à des négociations ultérieures. Cette annonce intervient dans un contexte où le Sénégal cherche à combler un déficit de financement de 155 milliards de FCFA identifié dans son « New Deal Technologique » 2025-2034, sans que l'on sache si les fonds promis par Cybastion s'y ajoutent ou s'y substituent.
Le modèle économique de Cybastion en question
Cybastion, société spécialisée dans la cybersécurité, occupe une position singulière : elle agit à la fois comme facilitateur de financement et comme prestataire potentiel d'équipements et de services via sa plateforme « Digital Fast Track ». Bien que cette double casquette ne soit pas illégale, elle impose une vigilance accrue sur les procédures de passation de marchés. Le choix des prestataires et la transparence des contrats seront déterminants pour garantir l'équité, d'autant que le Sénégal a déjà été confronté à plusieurs cyberattaques majeures ciblant ses administrations ces dernières années.
Les défis de la souveraineté et de la dette
Le projet prévoit la création d'un centre de données souverain et le renforcement des services publics en ligne. Cependant, la viabilité de ces investissements se heurte à la situation financière du pays, dont la dette publique atteignait environ 132 % du PIB fin 2024. La nature de l'engagement financier — prêt, garantie ou investissement privé remboursé par redevances — pèsera directement sur les finances publiques. Si le cadre légal sénégalais, incluant le Code des marchés publics et la loi sur les partenariats public-privé, offre des outils de contrôle, la mise en œuvre effective de ces garde-fous reste le point de vigilance majeur pour les citoyens et les observateurs économiques.