Le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026, déposé le 18 septembre dernier, constitue le premier test majeur de la nouvelle configuration institutionnelle sénégalaise. Alors que le président Bassirou Diomaye Faye affiche sa confiance, le président de l'Assemblée nationale, Ousmane Sonko, dispose de prérogatives constitutionnelles significatives pour influencer, modifier ou entraver la trajectoire budgétaire du gouvernement dirigé par Ahmadou Al Aminou Lô.
La maîtrise du calendrier et le pouvoir d'amendement
La Constitution sénégalaise offre à la majorité parlementaire, largement dominée par le parti Pastef, des outils techniques pour peser sur les finances publiques. Si le rejet pur et simple du texte reste une option, elle comporte un risque politique majeur : celui de paralyser l'État en pleine négociation avec le Fonds monétaire international. Une alternative plus stratégique réside dans l'usage de l'article 82, qui autorise les députés à réduire les dépenses prévues. Cette manœuvre permettrait à la majorité de réorienter les arbitrages financiers de l'exécutif sans nécessairement bloquer l'intégralité du budget.
Le risque de la motion de censure
Le gouvernement pourrait, pour sa part, recourir à l'article 86 en engageant sa responsabilité sur le vote de la LFR. Cette procédure, utilisée en décembre 2024, forcerait l'adoption du texte sauf en cas de dépôt et de vote d'une motion de censure. Dans ce scénario, la majorité parlementaire se retrouverait face à un choix lourd de conséquences : valider le budget ou renverser le gouvernement. Une telle décision ouvrirait une crise institutionnelle profonde, alors que le pays traverse une période économique délicate.
L'échéance du 2 décembre et la menace de dissolution
Le calendrier parlementaire est contraint par des délais stricts. L'article 68 impose un vote dans les soixante jours suivant le dépôt du texte, soit vers la mi-novembre 2026. Passé ce délai, le chef de l'État pourrait promulguer le budget par décret. Parallèlement, la date du 2 décembre 2026 marque la fin de la période de protection de l'Assemblée nationale contre toute dissolution. Ce verrou temporel place les deux camps dans une séquence politique tendue : un blocage prolongé du budget pourrait servir de justification au président Faye pour dissoudre l'hémicycle, transformant l'examen de cette loi de finances en un véritable bras de fer sur l'équilibre des pouvoirs.