Le Premier ministre sénégalais, Al Amine Lô, a suscité l'incompréhension lors d'une journée parlementaire marquée par une volte-face sémantique sur l'état des finances publiques. Si le chef du gouvernement a reconnu la gravité de la situation budgétaire, il a catégoriquement nié, quelques heures plus tard, avoir utilisé le terme d'ajustement structurel pour qualifier les mesures de redressement en cours.
Un diagnostic économique sans concession
Lors de sa Déclaration de politique générale, Al Amine Lô a dressé un état des lieux alarmant de l'économie nationale. Le Premier ministre a pointé une croissance limitée à 2,5 % et des taux d'intérêt atteignant 60 % sur les financements de court terme. Cette situation est aggravée par une dette publique culminant à 132 % du PIB, soit plus de 23 500 milliards de francs CFA, et des arriérés de paiement évalués à 1 956 milliards de francs CFA à fin mars 2025. Le chef du gouvernement a illustré cette impasse par une métaphore locale, décrivant le cercle vicieux consistant à s'endetter pour rembourser des dettes antérieures.
La charge politique du terme « ajustement structurel »
Le revirement du Premier ministre, qui a nié avoir évoqué un ajustement structurel après l'avoir pourtant mentionné le matin même, souligne la sensibilité politique du sujet. Dans l'histoire économique du Sénégal, cette expression reste indissociable des plans d'austérité des années 1980 et 1990, marqués par un fort coût social. En récusant ce terme, le gouvernement cherche à se distancier de l'image d'une tutelle imposée par les bailleurs internationaux, tout en maintenant les négociations techniques avec le Fonds monétaire international.
Réformes budgétaires et subventions énergétiques
Au-delà de la controverse terminologique, le gouvernement a tracé une trajectoire de rigueur. L'exécutif prévoit notamment de réduire drastiquement les subventions énergétiques pour les ramener à moins de 1 % du PIB d'ici 2029. L'argument avancé est celui de l'équité : selon les données officielles, les 800 milliards de francs CFA actuellement consacrés aux subventions du carburant profitent majoritairement aux 20 % des ménages les plus aisés. Cette mesure s'inscrit dans le cadre du référentiel Sénégal 2050, présenté comme le prolongement du programme politique porté par le Pastef, malgré la dégradation récente de la note souveraine du pays par l'agence S&P.