La révélation d'un encours de dette publique atteignant 99,7 % du PIB à fin 2023, contre 74 % initialement annoncés, place le Sénégal face à une réalité budgétaire complexe. Cet écart majeur met en lumière le financement opaque de grands projets d'infrastructures réalisés entre 2012 et 2024, dont la rentabilité économique fait désormais l'objet d'un débat national intense.
L'envolée des coûts des infrastructures aéroportuaires
L'Aéroport international Blaise Diagne (AIBD) symbolise les dérives budgétaires observées sur la décennie. Initialement estimé à 227 milliards de francs CFA en 2007, le coût final a atteint 407 milliards lors de son inauguration en 2017. Les engagements actuels, incluant les avenants, s'élèvent désormais à 470 milliards de francs CFA. Le gouvernement actuel pointe une gestion défaillante, marquée par une explosion des effectifs au sein d'AIBD SA et une absence de suivi rigoureux des conventions de concession.
Opacité et disparités sur le réseau ferroviaire et routier
Le Train Express Régional (TER) illustre la difficulté d'établir un bilan financier clair, les estimations oscillant entre 568 milliards et 1 200 milliards de francs CFA selon les sources. Parallèlement, le réseau autoroutier a lourdement pesé sur les finances : l'autoroute Ila Touba a coûté 487 milliards, tandis que l'axe Dakar-Diamniadio-AIBD affiche un ratio de coût au kilomètre parmi les plus élevés de la sous-région. Ces projets, bien que présentés comme structurants pour le désengorgement de Dakar, ont été marqués par des tensions sociales liées aux expropriations et des interrogations sur leur efficacité économique réelle.
Air Sénégal : un passif financier persistant
Au-delà des travaux publics, la compagnie aérienne nationale Air Sénégal s'est transformée en un gouffre financier. Avec un soutien public cumulé de 181 milliards de francs CFA et une dette dépassant les 118 milliards, la compagnie peine à atteindre l'équilibre. Face à cet échec, les autorités ont engagé en 2025 une restructuration fusionnant les activités de la compagnie et de l'aéroport, dans une tentative de redressement d'un secteur aérien dont les engagements publics totaux dépassent les 650 milliards de francs CFA.
Une responsabilité partagée avec les bailleurs
La sous-estimation de la dette sénégalaise interroge également le rôle des institutions internationales. Le FMI a admis une « responsabilité partagée » dans le suivi des chiffres, ayant validé des programmes de financement sur la base de données erronées. Désormais, le débat se cristallise sur l'impact réel de ces investissements : si certains experts soulignent l'amélioration de la logistique, d'autres, comme l'économiste Ndongo Samba Sylla, déplorent l'absence d'effet d'entraînement sur les exportations et la croissance productive du pays.