Le projet de loi de finances rectificative (LFR) 2026 du Sénégal place le pays face à une équation financière complexe, marquée par un service de la dette qui pèse lourdement sur les capacités d'investissement nationales. Entre les prévisions officielles et les analyses prudentes des marchés financiers, l'enjeu est désormais de restaurer la crédibilité budgétaire pour stabiliser le coût du financement.
Une pression croissante sur les finances publiques
Le service de la dette publique sénégalaise atteint des niveaux préoccupants. Si le projet de loi de finances rectificative table sur 5 801 milliards de FCFA, des institutions comme la banque Barclays projettent une facture pouvant grimper jusqu'à 6 800 milliards de FCFA. Cet écart souligne une méfiance des marchés financiers vis-à-vis des prévisions de recettes de l'État. Pour l'économiste Babacar Gaye, cette situation n'est pas seulement une question de stock de dette, mais de coût : avec des taux d'intérêt sur le marché régional oscillant entre 6 et 10 %, le pays subit un renchérissement de sa signature financière, rendant le refinancement des échéances de plus en plus onéreux.
L'arbitrage douloureux entre investissement et remboursement
La structure du budget 2026 révèle une réalité contraignante : le remboursement du principal de la dette équivaut à 77 % des recettes budgétaires annuelles. Pour honorer ses engagements, l'État a dû procéder à des coupes drastiques, notamment une réduction de 555 milliards de FCFA sur les investissements. Cette décision impacte directement des projets structurants tels que les infrastructures routières, l'accès à l'eau et le soutien aux entreprises locales. Conséquence directe de cette gestion : pour chaque tranche de 100 francs investis, l'État doit désormais consacrer 57 francs au paiement des intérêts, une hausse significative par rapport aux 42 francs prévus en début d'année.
Vers une nécessaire réforme de la méthode budgétaire
Pour sortir de cette spirale, l'économiste Babacar Gaye préconise une refonte de la sincérité budgétaire. Il souligne que les projections de recettes, souvent basées sur des facteurs exogènes comme les cours des matières premières ou la pluviométrie, manquent de fiabilité. Le recours au FMI, bien que nécessaire, ne constitue pas une solution miracle : les fonds alloués, étalés sur trois ans, ne couvrent qu'une fraction des besoins annuels. La priorité, selon l'expert, réside dans l'amélioration du recouvrement fiscal — notamment sur la TVA non reversée — et dans une transparence accrue sur les mesures budgétaires dont les rendements sont devenus nuls. La crédibilité du pays dépendra de sa capacité à documenter ses prévisions et à stabiliser sa trajectoire financière d'ici 2027.