Sénégal : le parquet de Dakar ouvre une enquête pour crimes contre l’humanité malgré la loi d’amnistie de 2024

Par Rédaction KUMBA 3 min de lecture 25 lectures
Sénégal : le parquet de Dakar ouvre une enquête pour crimes contre l’humanité malgré la loi d’amnistie de 2024

Entre mars 2021 et février 2024, plus de 80 personnes ont perdu la vie lors de manifestations politiques au Sénégal, faisant des centaines de blessés et suscitant des accusations de torture. Alors que l’Assemblée nationale a voté une amnistie générale en mars 2024, le parquet de Dakar a décidé de qualifier certains faits de crimes contre l’humanité, ouvrant ainsi une première procédure judiciaire de ce type dans l’histoire du pays.

Contexte des violences politiques (2021‑2024)

Les trois années qui ont suivi le déclenchement des protestations en mars 2021 ont été marquées par des affrontements meurtriers entre manifestants et forces de l’ordre. Les bilans, avancés par plusieurs organisations de la société civile, font état de plus de 80 décès, de centaines de blessés et de multiples allégations de traitements inhumains, notamment des actes de torture perpétrés par des membres des forces de défense et de sécurité.

L’amnistie adoptée par l’Assemblée nationale et ses critiques

En mars 2024, le Parlement sénégalais a adopté une loi d’amnistie couvrant tous les crimes et délits commis entre février 2021 et février 2024. Présentée comme une mesure d’apaisement national, elle a rapidement été contestée par les familles des victimes et par des organisations de défense des droits humains, qui estiment qu’elle risque d’obstruer l’établissement des responsabilités, notamment lorsqu’elle pourrait protéger des agents de sécurité impliqués dans les violences. Les critiques soulignent également que l’amnistie ne prévoit aucune exception pour les violations les plus graves du droit international.

Le parquet de Dakar mise sur la qualification de crimes contre l’humanité

Face à ces inquiétudes, le parquet de Dakar a orienté son enquête vers la qualification de crimes contre l’humanité pour les faits les plus graves, notamment les actes de torture et les violences mortelles. Cette qualification, réservée aux infractions d’une gravité exceptionnelle, permet de les exclure du champ de l’amnistie et de les soumettre à des règles de prescription spécifiques, renforçant ainsi la possibilité de poursuites même après l’adoption de la loi d’amnistie.

Première procédure judiciaire et premiers interpellés

Le 23 septembre 2026, la Section de recherches de Dakar a achevé son investigation sur les manifestations de 2021‑2024 et a ouvert une information judiciaire pour crime contre l’humanité, première du genre dans le système judiciaire sénégalais. Parmi les personnes mises en examen figure Ibrahima Diaw, ancien agent de sécurité de proximité au commissariat de Bargny, accusé d’avoir percuté volontairement Mamadou Ndoye, 53 ans, lors d’une manifestation. Cette mise en cause illustre la volonté du parquet de poursuivre les responsables les plus visibles, tout en testant les limites juridiques de l’amnistie déjà appliquée.

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