L'Assemblée nationale sénégalaise a voté à l'unanimité la création d'une commission d'enquête parlementaire pour auditer le programme « Un étudiant, un ordinateur ». Cette initiative, portée par le groupe PASTEF Les Patriotes, vise à faire la lumière sur la gestion de 48 milliards de FCFA engagés depuis 2017.
Zones d'ombre sur les marchés publics
Les parlementaires s'interrogent sur la régularité des procédures de passation des marchés. Plusieurs contrats, dont les montants dépasseraient le seuil légal de 50 millions de FCFA, auraient été conclus sans appel d'offres. La commission devra vérifier si ces engagements ont respecté les contrôles de la Direction centrale des marchés publics (DCMP) et si les procédures d'approbation par le ministère des Finances ont été scrupuleusement suivies.
Gestion financière et comptes bancaires
Le volet financier de l'enquête se concentre sur des flux monétaires jugés opaques. Les députés ont relevé l'existence de 13 comptes bancaires liés au programme, alors que seuls trois étaient officiellement répertoriés. Parmi les points critiques figure un fonds de garantie de 2 milliards de FCFA déposé auprès d'ECOBANK, dont l'usage reste flou, ainsi qu'un solde inexpliqué de plus de 864,8 millions de FCFA. L'édition 2023 est également scrutée, notamment un virement de 1,446 milliard de FCFA vers une société intermédiaire pour 7 055 ordinateurs, suivi d'un versement complémentaire de 1,25 milliard de FCFA après un contentieux judiciaire.
Matériel défectueux et distribution
Au-delà des aspects financiers, la commission examinera l'efficacité opérationnelle du programme. Un stock de 800 ordinateurs défectueux, entreposés à l'Université Cheikh Anta Diop (UCAD) sans avoir été distribués, fait l'objet d'une attention particulière. Les enquêteurs devront déterminer les responsabilités liées à l'acquisition, à la qualité du matériel et aux conditions de stockage de ces équipements.
Une mission d'investigation parlementaire
Composée de 11 députés, la commission dispose d'un mandat large couvrant la période 2017-2024. Son travail consistera à retracer la chaîne de décision administrative et à auditer l'ensemble des flux financiers. L'enjeu est de taille : il s'agit de distinguer les simples dysfonctionnements administratifs d'éventuels préjudices portés aux finances publiques, afin de situer les responsabilités après neuf années d'exécution du programme.