Le gouvernement sénégalais est accusé de vouloir reprendre le contrôle des institutions sociales en modifiant unilatéralement le Code unique de sécurité sociale, une réforme qui menace l’autonomie de gestion de l’IPRES et de la CSS. Syndicats et retraités organisent la riposte avec des actions de contestation d’ampleur.
Une réforme contestée avant même sa promulgation
Le Front syndical pour la défense du travail, regroupant 12 centrales syndicales, accuse le ministère du Travail d’avoir adopté en catimini des modifications majeures au Code unique de sécurité sociale. Selon les organisations, ces changements, votés « en forcing », remettent en cause des acquis sociaux obtenus dans les années 1990, notamment l’autonomie de gestion des institutions sociales comme l’IPRES et la Caisse de sécurité sociale (CSS).
Des mesures décriées qui centralisent le pouvoir
Parmi les dispositions les plus controversées figurent la suppression du collège des représentants au sein des institutions sociales, la réduction du nombre de membres des conseils d’administration (de 22 à 14), et surtout le transfert au ministère du Travail du pouvoir de nomination et de révocation des directeurs généraux de l’IPRES et de la CSS. Les conseils d’administration ne pourront désormais que proposer des noms, la validation finale revenant à la tutelle. Autre mesure contestée : la possibilité pour le ministère de dissoudre les conseils d’administration et de les placer sous administration provisoire. Enfin, l’enrôlement des agents non fonctionnaires de l’État au Fonds national de retraite (FNR) est pointé du doigt, alors qu’ils représentent plus de 20 % des cotisations à l’IPRES.
Syndicats et retraités unis contre la « mainmise » de l’État
Réunis avec les associations nationales de retraités des 14 régions du Sénégal, le Front syndical a annoncé une série d’actions de protestation : demande d’audience auprès du président de la République, saisine du Bureau international du travail (BIT), grève générale de 72 heures, marches sur l’ensemble du territoire, et rencontres d’information avec les délégués syndicaux d’entreprise. Les organisations dénoncent une tentative de faire reculer des droits sociaux « obtenus de haute lutte » sous la présidence de feu Madia Diop.
La CIPRES innocentée des accusations
Le gouvernement justifie ces réformes par des supposées recommandations de la Conférence interafricaine de la prévoyance sociale (CIPRES), une organisation faîtière chargée de la régulation des institutions sociales en Afrique de l’Ouest et du Centre. Pourtant, syndicats et retraités rejettent cette argumentation : selon eux, la CIPRES n’a ni pour mission de réduire le nombre d’administrateurs ni de supprimer le collège des représentants. Sa vocation se limite à veiller à l’application des règles prudentielles dans les institutions sociales.