La mission du Fonds monétaire international (FMI) a quitté Dakar sans conclure de nouvel accord financier, laissant le Sénégal dans une impasse budgétaire pour 2027. Alors que les discussions s’achevaient le 1er septembre 2026, l’absence de programme avec l’institution prive le pays d’un appui financier essentiel et fragilise sa crédibilité auprès des investisseurs. Une situation qui coïncide avec la préparation du budget national, où les marges de manœuvre se réduisent.
Un dialogue interrompu, des conséquences immédiates
Les négociations, menées par Mercedes Vera Martin, cheffe de mission du FMI, n’ont pas abouti à un accord malgré deux semaines de discussions. Cette absence de programme s’ajoute à la suspension de l’accord précédent, déclenchée par les révélations de fausses déclarations budgétaires évaluées par la Cour des comptes. Résultat : le Sénégal perd un levier de financement et un signal de confiance auprès des créanciers et des marchés.
La dégradation de la note souveraine du pays par Moody’s, passée de Caa1 à Caa2 avec une perspective négative, illustre les risques encourus. L’agence de notation pointe notamment l’absence de soutien du FMI et des besoins de financement estimés à 25 % du PIB, soit un défi colossal pour un État déjà sous pression.
Des mesures d’urgence pour préserver la liquidité
Face à cette situation, les autorités sénégalaises ont anticipé des remboursements : 53,75 millions d’euros sur une obligation 2037 et 38,8 millions de dollars sur une obligation 2031 ont été payés par anticipation. Une stratégie visant à sécuriser des marges de manœuvre financières, alors que les échéances de dette restent élevées. Pourtant, ces efforts pourraient s’avérer insuffisants sans un appui extérieur.
Le gouvernement mise sur la réduction du déficit et l’amélioration de la mobilisation des recettes pour 2027. Les dernières projections du FMI, qui tablaient sur une croissance de 6,7 % en 2025 et un déficit ramené de 13,4 % à 6,4 % du PIB, restent fragilisées par l’ampleur des besoins de financement et les craintes liées à la dette publique.
Le marché régional comme bouée de sauvetage
Sans accord avec le FMI, le Sénégal se tourne vers le marché des titres publics de l’UEMOA pour mobiliser des fonds. Le pays prévoit d’y lever 487 milliards de francs CFA au troisième trimestre 2026, un pari risqué alors que sa note dégradée et ses besoins colossaux limitent son attractivité. Une dépendance accrue à ce marché, déjà sous tension, pourrait aggraver la pression sur les finances publiques.
Les négociations avec le FMI ne sont pas définitivement closes : une déclaration finale doit encore synthétiser les points d’accord et les désaccords. Mais l’échéance administrative reste lourde : tout accord devra être validé par le conseil d’administration du FMI à Washington, une étape qui pourrait prendre plusieurs mois. En attendant, le Sénégal navigue en eaux troubles, entre impératifs budgétaires et incertitudes économiques.