Le 2 décembre 2026 marque une étape charnière pour le président sénégalais Bassirou Diomaye Faye, date à laquelle il recouvrera son droit constitutionnel de dissoudre l'Assemblée nationale. Ce choix, loin d'être une simple manœuvre tactique, place l'exécutif face à une impasse politique où chaque option comporte des risques existentiels pour son mandat.
Le risque d'une dissolution prématurée
La dissolution de l'Assemblée nationale permettrait théoriquement au président de reprendre la main sur l'hémicycle. Toutefois, l'état actuel des forces politiques rend cette perspective périlleuse. Le parti présidentiel, Kiiraay, peine encore à se structurer et à démontrer une capacité de mobilisation comparable à celle de Pastef, qui bénéficie d'un ancrage territorial solide et d'une dynamique militante éprouvée. Une élection législative anticipée, organisée dans les 60 à 90 jours suivant une dissolution, pourrait se solder par une défaite cuisante pour le camp présidentiel, privant le chef de l'État de sa seule cartouche constitutionnelle jusqu'en 2029.
La stratégie de l'usure parlementaire
À l'inverse, renoncer à la dissolution expose le président à une érosion lente de son pouvoir. La majorité parlementaire actuelle, dominée par Pastef, utilise une stratégie de « judo » politique : elle soutient les promesses électorales du président en déposant des propositions de loi sur la transparence et la redevabilité. Cette méthode contraint l'exécutif à suivre un agenda législatif dicté par ses adversaires, tout en récoltant l'adhésion de l'opinion publique, affaiblissant ainsi la marge de manœuvre du chef de l'État.
Le débat juridique sur le calendrier électoral
La question du report des élections locales ajoute une complexité supplémentaire. Si le pouvoir s'appuie sur une interprétation extensive d'une décision de la Cour suprême pour envisager un report jusqu'à fin 2027, de nombreux constitutionnalistes contestent cette lecture. Selon eux, le mandat des conseillers territoriaux expire en janvier 2027, rendant toute prolongation par simple décret juridiquement fragile. Cette incertitude institutionnelle limite les options du président, qui ne peut plus compter sur une solution purement technique pour sortir de l'impasse.
L'impasse d'une issue politique
Face à ces blocages, l'alternative ne semble plus institutionnelle mais purement politique. L'idée d'un compromis avec le leader de Pastef, visant à réorganiser les responsabilités au sein de l'appareil d'État, reste une option complexe à mettre en œuvre. Pour le président Faye, le 2 décembre ne représente donc pas une opportunité de reprendre le contrôle, mais plutôt le moment critique où il devra assumer les conséquences d'un arbitrage politique devenu inévitable.