Le 2 décembre 2026 marque une étape charnière pour la vie institutionnelle du Sénégal. À cette date, le président Bassirou Diomaye Faye pourra, pour la première fois, user de son droit constitutionnel de dissoudre l'Assemblée nationale, ouvrant la voie à une potentielle recomposition politique dans un contexte de cohabitation inédite.
Un levier institutionnel sous haute tension
L'article 87 de la Constitution sénégalaise autorise le chef de l'État à dissoudre l'Assemblée nationale après deux années de législature. Depuis la rupture politique survenue en mai 2026 entre le président et le Pastef d'Ousmane Sonko, l'exécutif se retrouve face à une majorité parlementaire qui lui est devenue hostile. Si le président Faye maintient une position officielle prudente, certains membres de son gouvernement, à l'instar du ministre du Commerce Serigne Guèye Diop, évoquent ouvertement la nécessité de nouvelles élections pour mettre fin au blocage législatif actuel.
Le défi logistique et financier du calendrier électoral
Une dissolution en décembre entraînerait l'organisation d'un scrutin législatif entre fin janvier et début mars 2027. Ce calendrier se heurte frontalement aux élections territoriales déjà fixées au 17 janvier 2027. La tenue de deux scrutins nationaux rapprochés soulève des interrogations sur la logistique et le coût pour les finances publiques. À titre indicatif, les législatives anticipées de 2024 avaient nécessité un budget d'environ 20 milliards de FCFA. Certains responsables politiques s'interrogent déjà sur la pertinence d'une telle dépense dans un contexte économique marqué par des négociations avec les bailleurs internationaux, notamment le FMI.
Un arbitrage politique aux conséquences incertaines
Pour le président Faye et son nouveau parti, Kiiraay, le pari est risqué : une dissolution réussie permettrait de retrouver une majorité stable, mais une défaite électorale renforcerait durablement la position d'Ousmane Sonko et du Pastef. De son côté, le Pastef, qui contrôle actuellement 130 des 165 sièges, aborde cette échéance avec l'objectif de confirmer sa légitimité populaire face à l'exécutif. Entre ces deux blocs, les formations d'opposition, affaiblies en 2024, voient dans cette possible recomposition une opportunité de regagner du terrain parlementaire.
Le budget 2027 comme juge de paix
En attendant le 2 décembre, les débats parlementaires sur la loi de finances rectificative et le budget 2027 serviront de baromètre. Ces discussions constituent un test crucial pour mesurer l'ampleur du blocage entre le Palais et l'hémicycle. Le président dispose ainsi de trois options : dissoudre l'Assemblée dès le début du mois de décembre, attendre le verdict des élections territoriales pour ajuster sa stratégie, ou maintenir la menace de dissolution comme un outil de pression politique tout au long de la fin de son mandat.