La tension monte entre l'Assemblée nationale sénégalaise et le ministère de l'Économie, des Finances et du Plan. Suite au rejet du Projet de loi de finances rectificative (PLFR) 2026 le 3 novembre 2026, la Commission des Finances a formellement sommé le gouvernement de retirer le projet de budget initial pour 2027, dénonçant une incohérence juridique majeure dans la construction des textes financiers.
Une base budgétaire jugée illégale
Le cœur du différend réside dans la méthodologie employée par l'exécutif. Selon Alphonse Mané Sambou, président de la Commission des Finances, le budget 2027 a été élaboré en s'appuyant sur les hypothèses du PLFR 2026. Or, le rejet de ce dernier par les députés le 3 novembre prive ces chiffres de toute existence légale. Pour la Commission, maintenir le projet de loi de finances initial (PLFI) 2027 en l'état constitue une anomalie, le texte étant adossé à des données caduques. Cette exigence de retrait vise à rétablir une base de travail conforme à la réalité législative du pays.
Défense des prérogatives parlementaires
Face aux accusations d'obstruction formulées par le ministère, la Commission des Finances réaffirme son respect des délais constitutionnels. En vertu de l'article 68, les députés disposent d'un délai de 60 jours après le dépôt du budget, intervenu le 12 octobre, pour mener leurs travaux. Malgré un calendrier contraint, la Commission a maintenu la reprise de ses activités pour le 7 novembre 2026. Elle rejette les critiques sur la procédure de convocation, rappelant que le gouvernement, représenté par le ministre de la Communication lors de la Conférence des Présidents, était dûment informé des échéances.
Un climat de défiance institutionnelle
Le communiqué de la Commission des Finances marque une rupture nette avec le ministère de l'Économie. Les parlementaires dénoncent des propos jugés discourtois et une volonté de manipulation de l'opinion publique de la part du ministre de tutelle. L'Assemblée nationale pointe du doigt une « opacité » et un « manque de sincérité » dans les documents budgétaires fournis. Par cette posture, le pouvoir législatif entend réaffirmer son rôle de contrôle et son indépendance face à l'exécutif, tout en se préparant à un marathon budgétaire qui s'annonce particulièrement complexe dans les semaines à venir.