Le paysage financier sénégalais affiche une dynamique paradoxale au premier trimestre 2026. Si la masse monétaire poursuit sa croissance soutenue, le financement bancaire de l'économie subit une contraction marquée, laissant les institutions de microfinance jouer un rôle de relais croissant malgré des défis persistants sur la qualité de leurs créances.
Une liquidité abondante mais un crédit bancaire en retrait
La masse monétaire au Sénégal a atteint 11 834,5 milliards de FCFA à fin mars 2026, marquant une progression de 2,3 % en trois mois et de 13,3 % sur un an. Cette hausse est portée par une augmentation de la circulation fiduciaire et des dépôts. Pourtant, cette abondance de liquidités ne se traduit pas par une distribution accrue de crédits. Au contraire, les encours de crédits bancaires ont chuté de 539,3 milliards de FCFA sur le trimestre, s'établissant à 8 057,9 milliards de FCFA. Ce repli de 6,3 % intervient paradoxalement alors que les crédits en souffrance au sein des banques ont diminué de 7,5 %, suggérant un resserrement volontaire de l'offre de crédit par les établissements bancaires.
La microfinance comme moteur de financement alternatif
Face à ce retrait des banques classiques, les Institutions de microfinance (IMF) confirment leur rôle de levier pour l'économie réelle. À fin mars 2026, leurs encours de crédits ont progressé de 10,8 % sur un an, atteignant 878,5 milliards de FCFA. Si la production de nouveaux crédits a connu une baisse saisonnière de 13,5 % par rapport au dernier trimestre 2025, le secteur maintient une dynamique de croissance supérieure à celle du système bancaire traditionnel.
Le risque de dégradation de la qualité du crédit
Malgré leur vitalité, les IMF font face à un point de vigilance majeur : la hausse des créances en souffrance. Celles-ci ont bondi de 22,2 % en un trimestre pour atteindre 62,4 milliards de FCFA. Avec un taux de créances douteuses s'élevant à 7,1 %, le secteur dépasse largement la norme communautaire fixée à 3 %. Cette situation soulève des interrogations sur la soutenabilité du financement accordé aux ménages et aux petites activités économiques, mettant en lumière des difficultés structurelles de recouvrement.
Une croissance économique portée par le secteur tertiaire
Sur le plan macroéconomique, le PIB réel a progressé de 1,2 % au premier trimestre 2026, soutenu principalement par le secteur tertiaire dont la valeur ajoutée a crû de 3,6 %. Cette performance globale masque toutefois des disparités sectorielles, les secteurs primaire et secondaire ayant enregistré des contractions respectives de 0,3 % et 1,1 %. Le PIB hors hydrocarbures affiche une trajectoire similaire, confirmant la dépendance de la croissance actuelle aux services.