Le Sénégal voit son endettement grimper à 111,4 % du produit intérieur brut (PIB) en 2025, un niveau jamais atteint depuis le début du siècle. Face à ce constat, le Premier ministre Ahmadou Alhaminou Lo a annoncé lors de la Déclaration de politique générale une série de fusions d'organismes publics afin de réduire les dépenses et renforcer la souveraineté économique du pays.
Un endettement record qui menace la stabilité macroéconomique
Selon le diagnostic de la Cour des comptes, confirmé par le FMI et le cabinet Mazars, le ratio dette/PIB du Sénégal a atteint 118,40 % en 2024, avant de s’établir à 111,40 % en 2025. Entre 2000 et 2025, la moyenne était de 47,27 %, avec un point bas historique de 13,64 % en 2006. Cette hausse rapide reflète une accumulation de dettes extérieures et un déficit budgétaire persistant, plaçant le pays dans la catégorie des économies très endettées et limitant sa capacité d’investissement souverain.
Le Premier ministre appelle à une fusion massive des structures publiques
Dans son discours, le Premier ministre a souligné que la simple rationalisation des finances publiques ne suffit pas ; il faut un « choix stratégique » pour mobiliser les ressources internes. Il propose de regrouper plusieurs entités chargées du patrimoine bâti de l’État – la Sogepa, la Sogip et l’AGPBE – au sein d’une Direction générale du Patrimoine bâti. De même, les fonds dédiés à la petite et moyenne industrie (Fonds d’appui à la PME, Fonds des PME, Adepme, Asepex) seraient centralisés sous l’APIX, l’Agence de Promotion des Investissements et des Exportations.
Les secteurs ciblés : patrimoine, industrie, tourisme, culture et sport
Le plan de fusion s’étend à d’autres domaines. Le secteur touristique verrait l’Agence sénégalaise de promotion touristique absorber la SAPCO et la Délégation générale à la promotion des pôles urbains de Diamniadio et du Lac Rose. Dans le domaine de la formation professionnelle, la distinction entre l’Office national de la formation professionnelle (ONFP) et le Centre national de qualification professionnelle (CNQP) serait revue pour éviter les redondances. Au niveau culturel, une direction unique pourrait regrouper le Grand Théâtre Doudou Ndiaye Coumba Rose, le Théâtre national Daniel Sorano, le Musée des civilisations noires, le Monument de la Renaissance Africaine et la Place du Souvenir. Enfin, la gestion des infrastructures sportives, actuellement placée sous le département des infrastructures, serait réaffectée à une entité spécialisée afin de corriger les incohérences administratives.
Enjeux et perspectives pour la souveraineté économique du Sénégal
Ces réorganisations visent à réduire les coûts de fonctionnement, à éliminer les chevauchements et à libérer des ressources pour financer les priorités de développement, notamment le secteur pétrolier et gazier. Si les fusions sont mises en œuvre rapidement et accompagnées d’une discipline budgétaire stricte, elles pourraient contribuer à ramener le ratio dette/PIB à des niveaux plus soutenables et à repositionner le Sénégal comme une locomotive économique de l’Afrique de l’Ouest d’ici 2050. Le succès dépendra toutefois de la capacité du gouvernement à surmonter les résistances institutionnelles et à garantir la transparence dans la gestion des fonds consolidés.