La Senelec multiplie les interruptions ciblées de fourniture électrique dans la capitale sénégalaise et sa banlieue, justifiant ces mesures par des travaux de maintenance indispensables sur un réseau vieillissant. Cette situation, exacerbée par des pics de consommation liés aux fortes chaleurs, met en lumière la fragilité d'un système électrique fortement dépendant de capacités de production externes.
Une dépendance structurelle aux barges flottantes
Le parc de production sénégalais repose en grande partie sur la centrale flottante turque Karpowership, amarrée au large de Dakar depuis 2019. Avec une capacité de 335 mégawatts, cet équipement assure entre 20 % et 25 % de la demande nationale. Cette concentration de la production sur une seule unité rend le réseau particulièrement vulnérable : toute opération de maintenance ou avarie technique sur ces barges entraîne mécaniquement des tensions sur l'approvisionnement global, comme l'ont illustré les difficultés rencontrées dès le mois de juin.
La modernisation face à l'urgence climatique
Les coupures actuelles, qui touchent des zones stratégiques incluant des infrastructures hospitalières, s'inscrivent dans un programme de remise à niveau des installations de distribution. Ces travaux, bien que nécessaires pour renforcer la résilience du réseau, interviennent dans un contexte de demande accrue. La multiplication des équipements de climatisation et de refroidissement, poussée par des températures élevées, sature un système déjà sous pression. Cette équation complexe entre une demande en hausse et des capacités de production parfois indisponibles contraint la Senelec à des arbitrages difficiles.
Le virage stratégique du gaz naturel
Pour stabiliser son mix énergétique et réduire ses coûts de production, le Sénégal mise sur la transition vers le gaz naturel. La centrale WAE, actuellement limitée à environ 240 mégawatts, est au cœur de cette stratégie avec un investissement de 283 milliards de francs CFA prévu pour son passage en cycle combiné. Si le calendrier prévoit une montée en puissance progressive jusqu'en 2027, les difficultés techniques actuelles soulignent l'urgence de cette mutation pour sécuriser la disponibilité du parc national.
Un défi énergétique à l'échelle régionale
La tension sur l'offre électrique ne se limite pas aux frontières sénégalaises. La sous-région, sous l'égide du West African Power Pool, fait face à des contraintes similaires où la forte demande et l'indisponibilité de moyens de production majeurs forcent plusieurs États à instaurer des délestages. En Gambie, la situation est particulièrement critique : le retrait de la centrale Karpowership du dispositif local a accentué le déficit de production, poussant la compagnie nationale Nawec à solliciter un soutien accru auprès du Sénégal pour pallier ses propres carences.